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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


11 bis, rue Ballu. 75009 Paris

01 40 23 45 99


La Maison De Poésie Actualités
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Mardi, 01 Juin 2010 00:00

 

Actualités

 

 

La poésie à la Maison

 

Été 2010

 

 

Pour un nouvel âge d’or

 

     La Poésie, c’est cette part de la littérature que tout le monde qualifie de « sublime » – et que personne ne lit.

     La Poésie, c’est une fabrique de mythes sacralisés qui mènent de Charleville au Harar en flânant par Guernesey et le Passage des Panoramas à Paris.

     La Poésie, c’est l’honneur du passé, elle est lamartinienne parmi les jeunes chevelus du Romantisme, républicaine et révoltée devant Napoléon-le-Petit, résistante contre les occupants de la patrie, triomphante avec Aragon dans la cour de la Sorbonne, toujours émerveillée dans une petite école campagnarde avec René Guy Cadou.

     La Poésie, c’est de l’histoire ancienne.

     Nous envions les poètes et les amis de la poésie ayant vécu ces moments-là.

     Nous autres, aujourd’hui, nous essayons de retrouver la petite poésie perdue dans la forêt socio-linguistico-philosophique, égarée par la glossolalie universitaire, sans cailloux, sans rimes ni raison pour retourner vers nous.

     Nous avons beau savoir que « le bon vieux temps » est aussi un mythe, la nostalgie « souvent nous prend comme une mer », quand nous mesurons l’extraordinaire perte des valeurs culturelles dans notre société.

 

Un rêve

 

     On croit rêver en constatant que le journal Comœdia, consacré au théâtre et à la littérature, voilà exactement un siècle, en 1910, était quotidien et tirait chaque jour à 28 000 exemplaires, ce qui était considérable; à titre de comparaison, Le Figaro, quotidien généraliste, tirait alors à 37 000 exemplaires.

     Dans les années 1950, alors que Pierre Seghers faisait connaître les Poètes d’aujourd’hui, une large place était faite à la poésie par les hebdomadaires littéraires (Les Lettres françaises, Les Nouvelles littéraires, Le Figaro littéraire) et par les rubriques spécialisées des quotidiens. L’ORTF diffusait de copieuses émissions poétiques.

     Il est vrai que la poésie n’est pas entièrement inconnue des principales publications littéraires d’aujourd’hui dont aucune n’est plus hebdomadaire, encore moins quotidienne (Le Magazine littéraire, Lire, La Quinzaine littéraire, etc.) et qu’elle apparaît sporadiquement et maladroitement dans les journaux.

     D’où vient le désenchantement qui saisit l’amateur de poèmes, si rare, si souvent déçu par les minces articles ou par les recueils que lui recommande cette presse et qui lui tombent des mains ? Pourquoi cette insidieuse nostalgie de divers « âges d’or », peut-être plus mythiques que réels ?

 

La réalité

 

     L’insuffisante qualité des poèmes recommandés est trop souvent évidente : on porte aux nues des pauvretés illisibles. L’école est déficiente, surtout au collège; elle n’assure pas sa part de responsabilité dans la formation poétique des enfants. L’appauvrissement de la langue est tout aussi évident, envahie partout par la barbarie de la réclame et par une vulgarité qui est devenue la parole ordinaire, jusqu’aux plus hautes autorités de l’État qui devraient s’honorer de respecter le français, au lieu de l’avilir, et de parler dans leur indigence de vocabulaire comme ne parlent plus les charretiers. L’omniprésence des images visuelles écrase les images psychiques et saturent l’imaginaire personnel. Et la vie quotidienne qu’on nous a faite, les soucis de la survie, la hantise des fins de mois, la violence triomphante, l’allongement de la durée de vie inscrite au profit du patronat, l’impudence des puissants, rien  n’incite à la quête poétique.

     S’y ajoutent l’inculture auditive de pseudo-poètes qui n’entendent plus en eux le chant de la poésie française – et la paresse de colleurs de mots au hasard du n'importe quoi.

     Sommes-nous donc désespérés et perdus dans un désert de plomb ?

     Pas du tout !

 

Notre âge d’or reste à conquérir

 

     Il existe encore quelques amateurs de poésie, excellents lecteurs, d’oreille fine, capables de s’enthousiasmer et de sentir frémir à la lecture de poèmes ces « petites aigrettes » qu’André Breton sentait à ses tempes au moment de la découverte poétique.

     Il existe toujours des poètes sensibles aux images, aux sonorités, aux rythmes, à la musique des mots et des phrases, à tout ce qui fait la chair et l’âme de la poésie vivante, et tout à fait capables de nous émouvoir.

     Le problème, c’est que les uns et les autres puissent se rencontrer. Aidons-les.

     Aidons tout le monde à retrouver l’enchantement de la première découverte des poèmes à l’école, le charme de la poésie pour tous.

     Pour que notre âge d’or de la poésie ne soit pas mythique, c’est à nous de le faire naître.

     Allons chercher les poètes où ils se trouvent, plus ou moins cachés, ignorés, et essayons de les révéler à notre époque, malgré le tam-tam publicitaire du profit.

     Faisons nous-mêmes notre âge d’or.

     C’est pourquoi en cette période propice à la lecture nous sacrifions au rite estival et nous proposons quelques recueils de poèmes récents à lire, ou à feuilleter en tournant les pages, tout en caressant le papier pour notre plaisir. Et un peu sur un écran malgré tout pour quelques-uns.

     Nous recommandons d’y ajouter sans modération les publications de la Maison de Poésie, et notamment des exemplaires de sa revue Le Coin de table.

 *

J'ai partagé...

 

J’ai partagé le monde en deux :

d’un côté il y a ce qui est poétique,

de l’autre côté ce qui ne l’est pas.

Ce qui est poétique existe à mes yeux,

ce qui n’est pas poétique,

je ne le regarde même pas.

 

Alexandre Romanès

 

*

 

Pensée fragile

 

Chant perdu de l’écume

Dans le sel espéré

Si fragile pensée

Dans le sable assoiffé

Je suis à la merci

Du rêve qui m’invente

Voici le temps passé

De me vouloir vivant.

 

André Brincourt

*

 

Une voix de cendres

 

Je chante la ville sans voix avec une voix de cendres

le fleuve ronronnant qui frottait son dos contre les arches

le feu propagé de regard en regard entre ceux qui ne se reverraient jamais

les Histoires qui montaient en volutes du sol bien nourri, de cet humus de rois, d’évêques, de douces putains et de petit peuple

Pour qu’en demeure une mémoire, même chancelante, même rompue

une repousse obstinée

une stèle de cendres

 

Michel Calonne

*

 

La fin du myosotis

 

Nous n’irons plus main dans la main

comme font les amoureux.

Ma bien-aimée aux yeux de myosotis,

Mon amour long d’une vie,

ne me quitte pas encore !

Nous n’avons pas fini de boire l’une à l’autre

comme le tournesol boit le soleil

et la racine l’ondée.

Une minute encore, écoute !

 

Barbara Y. Flamand

 

*

 

 Élégie pour un ami (VI)

 

Un jour, il faut partir et l'on ne sait

plus rien de ce qui fut à l'origine

du feu, ni comment ni pourquoi

les choses tout à coup

 

se sont mises à tourner de travers

et le feu s'est éteint, le rosier changé

en épines, l'amour en terre brûlée,

et ce qui reste avec

 

le bruit de nos pas à la place du cœur

et peu de choses : des mots sur du papier

qui ne disent plus rien sinon qu'ils furent

écrits, lus et relus

 

par un aveugle dansant dans l'incendie.

 

Guy Goffette

*

Aimer...

 

Aimer, c’est à travers le corps

Rencontrer l’âme, et c’est aussi

Par les sentiers de l’âme aller

À la découverte du corps.

Aimer, c’est mêler l’âme au corps,

Le corps à l’âme, c’est encor

Du bout des doigts, au fond de l’être,

Toucher, sentir et reconnaître

Avec la chair, avec l’esprit,

Sans deviner lequel est pris

Et lequel prend, sans pouvoir dire

Qui se réveille et qui s’endort,

Lequel commence, où finit l’autre,

Quel est le vif, quel est le mort.

 

Liliane Wouters

 

*

 

Elle est la première venue...

 

Elle est la première venue

Elle est toutes celles qu’on aime

Elle est nue comme on se promène

Au jardin qu’on n’a jamais eu

 

Elle est une fille perdue

Pure comme à toute fontaine

Plus on y boit plus y reviennent

Les perles d’une eau sans refus

 

Elle est une femme légère

Elle dit oui toujours toujours

À ce que murmure un amour

En son cœur d’or de primevères.

 

Maximine

*

 

Endors-toi...

 

Endors-toi, mon brouteur de roses,

Bouche buveuse de parfums,

Bouche buveuse de mon sang

Et de mes plus intimes poses;

Ô bouche lente ou déchaînée

Tandis que ma main par poignée

Embrasse et saisit les cheveux

De ton front, les divins cheveux

De ta pensée.

 

Cécile Sauvage

 

Cécile Sauvage

 *

 

La chanson...

 

 La chanson est un cimetière

les notes sont des tombes bleues

le soir y tombe et il y pleut

des larmes de roses trémières

 

l’eau monte dans le cœur noyé

le passé submerge la rive

ravivant des plaies de chaux vive

et d’anciens rêves dévoyés

 

plein le ciel il y a des masques

sous le soir il faut se hâter

passe le temps et la bourrasque

sur la gabare démâtée

 

nous irons nous cacher dans l’île

nous irons mourir gentiment

nous planterons de bons serments

et des baisers sur nos chairs vives

un jour si tu reviens par là

tu trouveras en fouillant l’ombre

ces anciennes raisons profondes

les mêmes qui t’ennuient déjà

 

Jacques Bertin

 

*

Le bobo parfait

 

D’un long fleuve tranquille il vivait riverain

Heureux d’être bobo gaulois et souverain.

De la Culture avec une majuscule il

Se savait l’héritier. Du fond de son nombril

 

Il tirait quelquefois des aperçus subtils

Faits de vide assorti de jugements sereins

Sur tout et rien et malgré tout veillant au grain

Donnant aux concurrents à retordre du fil.

 

D’un air distrait il prononçait des mots sauvages

Sur la province  Il incarna l’air de Paris

Contre les étrangers aussi faisant barrage

 

Avec bonheur  C’était un pro du marketing

Menant de front son art son look et son footing

Malgré sa vie réglée il n’a jamais tari.

 

Chaunes

*

Dans le bâtiment...

 

Dans le bâtiment

Il y a

Hors d’eau

Hors d’air

Puis quelquefois

Le travail terminé

Il y a…

Hors d’ici

Ordure

 

Salvatore Sanfilippo

*

 

Transparence...

 

Transparence de la vitre…

Je vois nos doubles images

Cernées de tremblements

Et la foudre soudain s’abat

Sur la vêture de ton hiver,

Duo de regards sur l’épaule,

Enfermement d’un souvenir

De doigts captifs de la chair,

Accords d’un cri du silence !

 

Suzy Maltret

 

*

 

Ravaudeuse

 

Laissez-moi quatre jours

Et quatre nuits

À ravauder ma voix

À la voix

De ma mère orpheline.

Quatre jours et quatre nuits

Sans dormir ni manger

À devenir des guêpes

Remontant

De nos ventres-calices

Cette voix fluette

Ce filet

Comme en été

Les sources.

 

Pour ouvrages de dame

Fils-écheveaux

Pelote-en-tout-genre

Fil-usé-d’Ariane

Histoires et mémoires en pièces

Chansons

Et photos anciennes

Tout fera l’affaire.

 

Marie Huot

*

 

Entre pipe et poème

 

Il y a mille ans de neige sur les toits

À l’horizon tristes et droits

Les bois

Sont comme un petit fagot de misère.

Il neige. Qu’il fait bon. Tout s’apprête tout bas.

Que se pose une rime et tous les blancs sont là

Harmonisés à moi qui ne suis qu’à moi-même

Et bougent peu de doigts entre pipe et poème.

La neige tombe au loin.

Il y en a pour les loups

Il y en a pour les bois

Il y en a pour les mains

Qui comptent sur leurs doigts

Tous les flocons qu’il faut pour endormir les voix.

Cendre et flocons dans le ciel se souviennent.

Mon tabac dans son bleu va de Prusse en Bohême.

Il neige. Je songe aux gris de fer d’un tiercelet de roi

À de hauts cavaliers cuirassés de vert froid

Tandis que lentement – et comme au temps d’Hérode –

Dehors un dernier pas s’étouffe dans l’exode.

 

Georges Saint-Clair

 

 

     "La colle et les ciseaux, voilà deux ustensiles que le poète garde toujours à portée de main, sur sa table de travail." (Jacques Le Gall, Georges Saint-Clair : Féeries intérieures).

*

 

Il n'est pari...

 

Il n'est pari la nuit que pour

tenir l'aube à distance d'être,

craignant pendant que l'heure tour-

ne d'avoir se reconnaître

 

dans cet homme à sa table assis.

Or si je meurs, à laisser n'ai-je,

pour tout legs, que mes vers transis,

gravés sur des aubes de neige ?

 

Sous la lampe veillante qui

délimite l'espace où vivre,

c'est dans la nuit, soudain jailli

du vide, un mot qui vous délivre.

 

Claude Cailleau

*

 

La nuit

 

Ce vieux pan de mur déchiré

Qui crie dans la nuit sa détresse,

Cet arbre noir que le vent presse,

C’est mon cœur en lui comprimé,

C’est ma terrible meurtrissure,

Mon appel jeté dans l’effroi,

Mon nom perdu dans le vent froid,

Le tourment de ma vraie nature.

 

Mireille Tenenbaum

 

 

Mireille Tenenbaum, Anciens bâtiments. Pastel à l'huile

 

Mireille Tenenbaum, Anciens bâtiments. Pastel à l'huile, 2009. 102 x 78 cm.

 

*

Noctuelle

 

C’est vers le minuit

que le petit papillon nocturne

vient se coucher sous la pendule.

Et surtout ne l’écrasez pas

car il laisserait une trace d’ombre.

 

Michel Martin de Villemer

 

*

Plus je considère...

 

     Plus je considère les singeries des hommes plus je respecte le naturel des singes.

     J’ai eu un ami totalement désespéré. Or, chaque fois que nous nous rencontrions, nous riions comme des fous. Nous étions deux neurasthéniques gais.

Daniel Lander

 

*

L'espace commence...

 

 

L’espace commence dans la bouche,

Parlons.

La Poésie est innocente,

Dans un beau geste de lumière

Elle ne frappe que l’eau pure

À la sortie de son rocher.

Elle est dans le poing d’Abraham

À la cime du sacrifice,

C’est une lame suspendue,

C’est une foudre apprivoisée.

À moins qu’elle ne glisse, douce,

Par les feuillages tamisés

Vers les ailes des oiseaux.

Sacrons la poésie, réglons nos yeux sur elle.

Celui qui la voit reconnaît

Que ce qu’il a à dire est bon

Et il le dit à tout le monde ;

Aussi va-t-il le pas alerte,

D’arbre en arbre et de porte en porte

Ouvrir son cœur à la justice.

 

Henri Pichette

 

****

 Retrouvez ces poèmes dans ces recueils récemment publiés :

 

- Jacques Bertin, Blessé seulement. L’Escampette. B.P. 7. 86300 Chauvigny. 112 p. 15 €.

- André Brincourt, Vienne le vent. Mélis. 46, avenue du Train des Pignes. 06670 Colomars. 144 p. 15 €.

- Claude Cailleau, Mots du jour et de la nuit. GRIL. 11, avenue du Chant d’oiseaux. B-1310 La Hulpe. Belgique. 44 p.

- Michel Calonne, Chroniques de la destruction de Paris. Collages de Claude Ballaré. Droséra. 35, boulevard Pasteur. 75015 Paris. 76 p. 12 €.

- Chaunes, Aquarelles postmodernes. Les Poètes français. 16, rue Monsieur le Prince. 75006 Paris. 100 p. 10 €.

- Barbara Y. Flamand, La Patience du guetteur d’aube. Bilingue (tchèque). Chez l’auteur : Avenue des Nerviens, 137. Boîte 100. B-1040 Bruxelles. Belgique. 108 p.

- Guy Goffette, Tombeau du Capricorne. Gallimard. 5, rue Sébastien Bottin. 75007 Paris. 48 p. 12 €.

- Marie Huot, Portrait de ma grand-mère en demoiselle coiffée. Le Bruit des autres. 15, rue Jean-Baptiste Carpeaux. 87100 Limoges. 110 p. 12 €.

- Daniel Lander, Ne vous déplaise. Librairie-Galerie Racine. 23, rue Racine. 75006 Paris. 132 p. 15 €. (Pensées, aphorismes, etc.).

- Jacques Le Gall, Georges Saint-Clair : Féeries intérieures. Presses Universitaires de Pau-Aquitaine. B.P. 576. 6402 Pau Cedex. 36 p. 5 €.

- Robert Maillard, Robert Ganzo. Slatkine-Honoré Champion. 3, rue Corneille. 75006 Paris. 176 p.

- Suzy Maltret, Et l’Été me vint de la neige. Gerbert. Aurillac. 48 p. 12 €.

- Michel Martin de Villemer, Margeline pour ma veuve. La Jointée. 11 bis, rue du Val de Grâce. 75005 Paris. 140 p. 19 €.

- Maximine, Somme d’amour. Arfuyen. 35, rue Le Marois. 75016 Paris. 158 p. 15 €.

- Henri Pichette, Poèmes offerts. Gallimard. 5, rue Sébastien Bottin. 75007 Paris. 144 p. 17 €.

- Alexandre Romanès, Sur l’épaule de l’ange. Gallimard. 5, rue Sébastien Bottin. 75007 Paris. 92 p. 10 €.

- Salvatore Sanfilippo, Siffleur de lunes. Illustrations de Solange Guégeais (Voix Tissées, « Coups du Cœur ». 105, avenue Aristide Briand, Maison des Associations, 92120 Montrouge). 82 p. 10 €.

- Cécile Sauvage, Écrits d’amour. Édition établie et présentée par Béatrice Marchal. Le Cerf. 29, boulevard de La Tour-Maubourg. 192 p. 20 €.

- Mirteille Tenenbaum, Poèmes d’un peintre et quelques proses. Chez l’auteur : 129, boulevard Masséna. 75013 Paris. 180 p. 20 €.

- Liliane Wouters, Le Livre du Soufi. Le Taillis Pré. 23, rue de la Plaine. B-6200 Châtelineau. Belgique. 70 p. 10 €.

 

     Tous ces recueils pourront indiquer :

Recommandé par la Maison de Poésie

 

 

Claude Ballaré             maximine           Miachel Martin

 

 

 Collage de Claude Ballaré dans le recueil de Michel Calonne, Chroniques de la destruction de Paris.

Maximine : William Turner, Ciel et campagne (détail). Vers 1816-1820.

Michel Martin de Villemer : illustration de Danielle Zuger.


                                                                        


AUTRES RECUEILS RECOMMANDÉS :

 

POÈMES DU COIN DE TABLE

 

ET DE LA MAISON DE POÉSIE

 

 

La Belle au bois dormant

 

La Belle au bois dormant n’est plus belle,

à force de dormir debout dans les bois, de faire le tapin

pour une poignée de sous, avec ses faux-cils, ses bas résilles,

son rouge à lèvres et ses seins siliconés

 

Elle a attrapé des rides, elle a pris des coups,

des coups de vent, des coups dehors et dedans.

Son prince n’est pas charmant, c’est un homme violent

qui exploite son corps pour de l’argent

 

Quels sont ces phares qui brillent dans la nuit ?

 

Qui était cette vieille sorcière nichée au coin

de sa destinée avec un fruit empoisonné au goût amer

qui lui a promis monts et merveilles… et puis l’enfer ?

 

Dieu a dû se perdre en chemin

 

La Belle au bois dormant n’est plus belle,

elle compte les jours et les nuits, se raccrochant au peu de soleil qui lui reste,

un soleil barbelé qui la retient dans ce corps usé, livré à la voie publique

 

Quels sont ces phares qui brillent dans le bois des pas perdus ?

 

Dieu a dû se perdre en chemin

 

Un passant la prend pour le Christ sur sa croix :

– Que faites-vous Belle au bois toute nue ?

Qui vous a ainsi noyée dans la nuit ?

 

– Ne me jugez pas, ce sont les regards qui blessent !

Que savez-vous de l’amour, vous l’homme aux yeux de velours,

de la survie et de la violence du désir ?
Qui voit le sacrifice que nous faisons chaque jour pour réparer le grand froid ?

 

Dieu a dû se perdre en chemin, Dieu viendra peut-être demain ou Dieu ne viendra pas…

 

Gilles de Obaldia. Revue Le Coin de table. n° 43. Juillet 2010.

 

 

*

 

 Le soir

 

 

Ni chien ni loup le crépuscule

Estompe le dernier décor

C’est l’heure des jeteurs de sorts

Et lentement le temps bascule.

 

Étoile d’or ou renoncule

Chien ou loup qu’importe qui mord

Le jour la nuit la vie la mort

Un même souffle encor circule.

 

Tremblantes chimères du soir

Près de moi venez vous asseoir

Mes familières étrangères.

 

Je ne peux plus vous discerner

Je sens que vous m’avez cerné

Je vais vous suivre, ombres légères.

 

Jacques Charpentreau, Ombres légères. La Maison de Poésie, 2009.

 

*

 

La grande vie

 

 La grande vie,

c'est d'aimer sans compter.

Évariste Allaxète

 

Toujours je t'attendais mais tu ne venais pas.

MaDame, – que de temps vous avez mis pour naître !

Me condamnant durant des ans à n'être

qu'un voyageur cherchant la trace de vos pas.

 

J'ai cru parfois les deviner lors de ma quête,

mais ce n'était qu'une illusion que je laissais ;

me reprenant, en attendant un autre essai

qui mettrait enfin fin à mon inquiète enquête.

 

Et j'en étais à ne plus croire à ce bonheur,

à me persuader que l'heure était venue

de prendre mon parti de mes déconvenues

et de vivre sans vous sur un mode mineur.

 

Puis tu m'es apparue un jour, comme il arrive

au soleil d'éclairer une fin de journée,

même si je doutai que me fût destinée

cette grâce brochant sur mes terres déclives.

 

Pourtant c'était bien moi qu'aimantait ton regard,

pourtant ce fut bien moi qui reçut ton je t'aime,

incrédule gagné par cet autre saint chrême

que me fut ton aveu un beau jour, sur le tard.

 

Sur le tard... Mais au moins contre toute espérance

nous sommes-nous rejoints quand nous n'y croyions plus.

Je t'aime à tout jamais et toi tu m'as élu.

Que demander de plus au grand bonheur la chance !

 

Quand même nous faut-il payer un lourd tribut

pour parer aux brisants du désir, aux distances,

aux effets lancinants des lances de l'absence,

- ce n'est rien en regard de nous être connus...

 

Et pense :

 

Qui de nous à présent accorderait son “oui”

au morne Hier plutôt qu'à l'ardent Aujourd'hui ?

 

Pierre Lexert.  À paraître.

 

*

Après l’orage

 

 

J’ai longtemps battu la semelle,

Pleurant celle qui s’est enfuie

Ne laissant que cendre et que suie

(Car la foudre seule est comme elle).

Qu’importe que le ciel grommelle ?

Mes larmes le vent les essuie.

Le soleil en riant démêle

Les cheveux dorés de la pluie.

 

 Jean-Luc Moreau. À paraître.

 

*

 Des mains sales…

 

 

Des mains sales marquent sur le carton

Change carreaux

Répare vélo

Cire chaussures

La restauration des monuments et l’embellissement

des rues poussent nos carcasses toujours plus au sud

Le maudit sud de la ville où les condamnés à mort

rougissaient pour la dernière fois le drapeaux et les

pavés de leur sang.

 

Pas de soulèvement depuis longtemps

Seule la misère accoudée au parapet du pont

voit la révolte filer dans les eaux d’or

À force d’avaler des leurres nous les pauvres

n’avons plus d’appétit

Nous nous enfermons de nous-mêmes en deçà des cordes vocales

Jusque dans nos viscères

Et le relent des goulags comme une dot nous tient au silence

On ne critique pas la censure quand on couche avec elle.

 

Christophe Forgeot. Le Coin de table, Juillet 2010. N° 43.

 

     Tous les recueils et numéros de la revue Le Coin de table peuvent être commandés directement à La Maison de Poésie, 11 bis rue Ballu. 75009 Paris.

 

                                                                                     

 

Sauvetage et naufrage

 

     La situation de ce secteur essentiel de la culture française était si grave, que le Président de la République lui-même s’en préoccupa. Le mercredi 23 juin 2010, se réunirent au Palais de l’Élysée le Président, le Premier Ministre, deux de ses Ministres, leurs Conseillers, des Députés, etc. Le lendemain, le Président reçut un Membre éminent de la Confrérie conduit à l'Élysée en voiture officielle avec agents motocyclistes. Ses grands mérites en ce domaine conduisirent le Président à lui faire l'honneur de le retenir à déjeuner au Palais. Le Président annonça des États Généraux pour conjurer la catastrophe devenue une Affaire d’État. Le mercredi 30 juin,  la Commission des Affaires Culturelles de l'Assemblée Nationale interrogeait deux Importants Responsables du secteur sinistré.

     Malgré les préoccupations du moment (crise financière, délocalisations, grèves, controverse des retraites, privilèges, favoritismes, collusions, violences, catastrophes naturelles, guerre d’Afghanistan, etc.), la déliquescence de ce secteur, ses mauvais résultats, le ridicule infligé à la France devenue la risée du monde entier, tout justifiait cette intervention : l’État se devait de soigner le Football français qui était en crise.

     La poésie l’était aussi.

     Ses illisibles baudruches auto-célébrées s’étaient ridiculisées, les derniers amateurs du genre désertaient les gradins des librairies, la débâcle des revues s’accentuait : Autre Sud, Aujourd’hui poème, La Barbacane, Le Dépliant, Hors-Jeu, Jalons, La Lettre de Jean Hautepierre, La Nouvelle Tour de Feu, Les Nouveaux Cahiers de l’Adour, Phréatique, Le Rétroviseur, Rimbaud Revue avaient cessé de paraître. Quelques revues survivantes se traînaient péniblement vers des buts inaccessibles. Un désastre.

     Au Ministère de la Culture et de la Communication, la prestigieuse « Direction de la lecture » avait été rétrogradée et reléguée en division inférieure, pour devenir le « Service du livre et de la lecture » et dépendre désormais de la « Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) ».

     La poésie ? On s’en footait.

*

 

Footez-moi la paix !

 

 

À peine arrivés à la gare,

C'est le rituel : bière et bagarre.

Bienvenue à nos invités,

          Les enfootés !

 

Intellectuels, beaufs et génies

Unis dans la même harmonie,

Ils sont heureux, ils sont shootés,

          Ces enfootés !

 

Écran ou gazon vert : Terrible !

Ça feinte, ça cogne, ça dribble.

Ils aiment bien ces à-côtés,

          Nos enfootés.

 

Adoration des démagogues !

Pompe à fric et seringue à drogue !

Merveilleuse publicité

          Pour enfootés !

 

Ah ! Vienne la journée bénie

Où la foire sera finie

Pour que soient tous ces excités

          Désenfootés !

 

Jacques Charpentreau, Mes bêtes noires. À paraître.

 

                                                                        


 

Silence aux jeunes poètes !

 

Vie et mort du Prix Arthur Rimbaud


                                      « C’est Rimbaud qu’on assassine »

     On dit que chacun porte en soi un poète qui meurt jeune. Maladie ? Suicide ? Assassinat ?

     Pour aider ce jeune poète encore vivant à se faire entendre, la Maison de Poésie a créé en 1991 le Prix Arthur Rimbaud réservé à un poète de 18 à 25 ans.

     Dédié à la jeune création poétique, ce Prix a permis à des milliers de jeunes gens de s’exprimer par la poésie, et à ceux dont les œuvres avaient été retenues, d’être publiés dans des revues, des florilèges, des recueils collectifs ou personnels. Son succès a été prodigieux et continu, les manuscrits reçus en nombre considérable étaient apportés par sacs postaux déversés à la Maison de Poésie. Les meilleurs poèmes étaient publiés en anthologies.

 

Manuscrits du Prix Arthur Rimbaud.

 

     Plusieurs recueils ont été illustrés par de jeunes illustrateurs de l’École supérieure Estienne des arts et industries graphiques. Pendant près de 20 ans, ce Prix a été organisé par la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse qui a apporté le financement nécessaire à une organisation importante et assuré très efficacement sa diffusion en France métropolitaine et d’outre-mer, ainsi qu’à l’étranger. La Maison de Poésie a longtemps trouvé auprès de ce Ministère, de ses fonctionnaires, de ses responsables, un soutien efficace et constant au service des jeunes poètes, justifiant ainsi pleinement un titre variable (Ministère ou Secrétariat d’État), mais toujours au service de la jeunesse – quelle que soit la coloration politique du moment : Michèle Alliot-Marie, ministre RPR ou Marie-George Buffet, ministre communiste, ont chaleureusement présidé, lors de leur fonction ministérielle, la remise du Prix Arthur Rimbaud, tout comme les anciens champions Roger Bambuck et Jean-François Lamour, aux choix politiques différents.

     Les uns et les autres ont aidé la jeune poésie vivante surgissant des villes, des banlieues, des campagnes, en France ou dans des pays de langue française – qu’ils en soient ici remerciés.


 

 

 

     En mai 2007, le Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, dirigé par Roselyne Bachelot, regroupa ces diverses administrations. En janvier 2009, un Haut-Commissariat à la Jeunesse fut confié à Martin Hirsch. La Maison de Poésie fut avisée à l’avance, avec un délai de courtoisie, que le Haut-Commissariat allait arrêter sa participation au Prix Arthur Rimbaud. Celui de 2009 serait le dernier du partenariat entre l’administration de « la Jeunesse » et la Maison de Poésie. Ce serait donc le dernier florilège des jeunes poètes publié par la Maison de Poésie. Les temps avaient bien changé ! Les jeunes poètes n'intéressaient plus les responsables.

(..............)

Suite de cet article à la rubrique des Prix de la Maison de Poésie.

 

 ******

POÉSIE VIVANTE

 

     La Maison de Poésie participe activement à la vie de la poésie d'aujourd'hui par ses publications, par ses causeries, ses récitals, ses rencontres, et notamment en 2010 par diverses manifestations dont on trouvera le détail à la rubrique « Manifestations poétiques ».

     Lors du Printemps des Poètes, la Maison de Poésie a présenté « 10 poétrices » reprenant un mot inusité et pourtant vieux de plus de cinq cents ans, voulant ainsi attirer l’attention sur un vocabulaire très révélateur, évitant le détestable mot "poétesses", et faire entendre des poèmes de Louise Labé à nos jours, de Marceline à Liliane Wouters et Lise Mathieu. Puis, lors d’autres matinées littéraires,  on retrouva les voix de Lucienne Desnoues, Cécile Sauvage, Louise de Vilmorin – et de nombreux poèmes de la poésie brésilienne féminine.

*


 La terre

 

La terre

Est un petit merle

Qui palpite

Dans la main

De quelqu’un

Qu’on n’imagine même pas.

 

Autour de l’oiseleur

Oh pas le moindre bruit

Pas la plus fine odeur

Seule la nuit de la nuit

Comme une grande cage

Pleine de rêves

 

À craquer.

 

Lise Mathieu, dans Au bois charmant, © La Petite Maison de Poésie, 2004.

 

Lise Mathieu, dans Au bois  charmant

 

*

     La rencontre autour de René Guy Cadou, poète de l’amour et de la mort, particulièrement émouvante, on pourrait presque dire fervente, grâce à Claude Cailleau l’un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre du poète de Louisfert-en-Poésie, permit de constater combien cette poésie est restée vivante.

René Guy Cadou, Le portrait  fidèle

 

 

Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?

– Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !

 

– Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes

– Mais pas assez tristes oh ! pas assez tristes !

 

Je suis malade du vert des feuilles et de chevaux

De servantes bousculées dans les remises du château

 

– Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes

– Que le diable tente ! que le diable tente !

 

Mais moi seul dans la grande nuit mouillée

L’odeur des lys et la campagne agenouillée

 

Cette amère montée du sol qui m’environne

Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne

 

– Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil

– Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !

 

René Guy Cadou. Le diable et son train. Chez l’auteur, 1949. Poésie la vie entière, Seghers, 1948.

 

*

     Jean-Pierre Rousseau a été élu au Conseil d’Administration de la Fondation, succédant à Gérard Bocholier, démissionnaire. Il occupe ainsi le deuxième Fauteuil du Conseil, après Daniel Cornette de Venancourt qui avait été le secrétaire et l’ami d’Émile Blémont. Après lui, cette deuxième lignée fut celle d’Yves-Gérard Le Dantec, de Philippe Chabaneix, de Paul Lorenz, de Bernard Lorraine, de Gérard Bocholier : quatre-vingt-deux ans de poésie ininterrompue.

     Le nouvel administrateur et son œuvre poétique ont été présentés aux amis de la Maison de Poésie lors d'un "Parloir des Poètes" qui s'est tenu dans les locaux historiques de la Fondation. De nombreux poètes ont dit leurs œuvres, apportant ainsi le témoignage de leur amitié au nouvel administrateur.

 

Sur le chemin de Valamo

 

 

Je me souviens de cette halte

que je fis à l’embranchement

du chemin allant au couvent

avec la grand-route d’asphalte.

 

Un arbuste là se dressait,

couvert d’une fine poussière

par le proche chemin de terre,

en bordure de la forêt.

 

Sous une brise imperceptible,

on voyait vibrer les chatons

qui constellaient sa frondaison,

quand l’attention l’avait pour cible.

 

Il me conduisait, ce chemin,

au vieux couvent rempli d’icônes,

et cet arbuste, un petit aulne,

en était comme le gardien.

 

Toutes ces présences secrètes,

Dieu, les bas-côtés, les taillis,

tout ce que ne voit pas autrui,

telle est la denrée du poète.

 

Jean-Pierre Rousseau, Le Coin de table, n° 31. Juillet 2007.

 

**

Prière babebine

 

Il y a bien des tares

Sur cette pauvre terre,

Mais toi, Seigneur, tu tires

Des hommes tous les torts,

Ô Dieu des créatures !

 

Jean-Pierre Rousseau. Le Voyageur enraciné.

 

Recueil de Jean-Pierre Rousseau

 

**********

 

ARTS ET LETTRES

 

 

UN NOUVEAU MUSÉE AU FAUBOURG SAINT-GERMAIN

 

 

     Fondé en 2004, le Musée des lettres et des Manuscrits s’ouvre dans sa nouvelle demeure sur une exposition temporaire consacrée à Marcel Proust (Proust, du temps perdu au temps retrouvé), qui prolonge celle qui vient de se terminer au Musée Marmottan-Monet, (Femmes peintres et salons au temps de Marcel Proust).

     Le catalogue précise que l’on peut voir cent soixante documents issus de la collection privée d’André Maurois et de son épouse Suzy Mante-Proust, nièce de l’écrivain. Inutile de les compter, croyons ce que dit le catalogue. Et, merveille, bien que l’on puisse regretter qu’il n’y ait pas de retranscription en regard, (elles existent dans le catalogue) ces lettres sont lisibles ou déchiffrables. Photographies, lettres, manuscrits se succèdent sous les vitrines comme autant d’objets précieux voire sacrés, devenant avec la gloire du romancier, des sortes de talismans. Lettres à la mère, lettres à l’amant, lettres à l’ami, lettres de château, billets doux codés, télégrammes, messages griffonnés, crayonnés, dessinés, mémoire d’une vie. Autres talismans, les manuscrits, milliers de pages, où l’écriture, les taches, les ratures, laissent en stupeur par leur densité. Les mots, les phrases, reprises, et combien de fois !  Férocité, patience et travail visible de l’écrivain mettant les mots à l’unisson, pour l’œuvre qui le hante et qu’il nous laisse, nous offre.

 

     Proust, du temps perdu au temps retrouvé, Musée des Lettres et des Manuscrits, 222, boulevard Saint-germain, 75007 Paris, du 15 avril au 29 août 2010.

 

Catalogue de l'exposition Marcel Proust

 

Des lettres par milliers

 

     L’exposition permanente sera évoquée dans un prochain numéro du Coin de table.

 

Le fondateur

 

     Le fondateur et président du Musée des Lettres et des Manuscrits, Gérard Lhéritier, est bien évidemment un collectionneur. Il vient d’acquérir, pour le Musée, le manuscrit du scénario original de Quai des brumes de Jacques Prévert, ainsi que celui de La chanson des feuilles mortes. Ces pièces avaient été mises aux enchères, à Drouot, mercredi 9 juin, par la petite fille du poète. Elles seront exposées au Musée, courant juillet ainsi que les deux autres pièces acquises : un livre et une enveloppe illustrés par Pablo Picasso.

Baudelaire, Jean-Baptiste Poquelin, Toulouse-Lautrec, Pierre Reverdy, Jean Ferrat, L'école de Rochefort, Pierre Lexert, Youri, Juliette Garnier, Robert Vigneau, Gilles de Obaldia, SACD.

Mathilde Martineau

 

Lettre de Baudelaire         Signature de Molière         Lettre de Toulouse-Lautrec

 

Baudelaire, Jean-Baptiste Poquelin, Toulouse-Lautrec.

Illustrations : ©  coll. privée/Musée des lettres et manuscrits, Paris.

 



                                                                                                         

 

Les poèmes au Coin de table

 

     Le récent numéro de la revue Le Coin de table (n° 43) a demandé à une petite vingtaine de poètes contemporains ce que leurs poèmes avaient à déclarer sur notre société actuelle. On trouve aussi dans ce numéro, entre autres articles,  une étude de Claude Cailleau consacrée à Pierre Reverdy, pour commémorer le centième anniversaire de sa naissance, une évocation des rapports de la poésie et de la chanson à propos de la disparition de Jean Ferrat, une évocation de l'École de Rochefort, une autre étude sur la profession des poètes d'aujourd'hui, les chroniques habituelles (la chronique du Pêcheur à la ligne, celle d'Emma Tulu, les livres recommandés, etc.) – et bien entendu de nombreux poèmes inédits.

 

Couverture Coin de Table n° 43 (extrait)


 

DISPARITIONS (SUITE)

 

      La disparition des revues de poésie continue.

     Pour nous en tenir aux disparitions récentes : Aujourd’hui poème, Autre Sud, La Barbacane, Le Dépliant, Hors-Jeu, Jalons, La Lettre de Jean Hautepierre, Le Mensuel littéraire et Poétique, La Nouvelle Tour de Feu, Les Nouveaux Cahiers de l’Adour, Le Rétroviseur, Rimbaud Revue – et quelques autres revues sont mortes dans la plus grande discrétion.

 

     Raison de plus pour que Le Coin de table continue !

     Il ne peut le faire que grâce à la fidélité de ses abonnés et au désintéressement de ses collaborateurs.

     Il ne reçoit aucune subvention des Pouvoirs publics.

     Nous vous invitons à vous abonner dès maintenant.

 

 ***

Siècle à solder

 

Le Siècle nouveau est arrivé; on embarque.

Non pas pour Cythère d'abord, mais pour les Parques.

 

C'est plus sûr et vous n'en reviendrez pas ! Voyez :

Les crédos tueurs partout se sont déployés.

 

Jéhovastes, Chrestins, Allahmecs, ensectés,

- d'autant plus excités qu'on les peut contester,

 

qu'une autre divinité vise à mener la barque,

Sainte-Publicité ayant créé La Marque.

 

Ainsi se développe en toute insanité

l'Empire pernicieux de la crédulité.

 

Pour le plus grand profit de la haulte Phynance

tandis que les marchands de bombes font...bombance.

 

Le confort au bonheur tend à se substituer

pour peu qu'on ne soit pas de tous fonds dénué.

 

La beauté pour sa part perd chaque jour ses marques,

ses reliefs confisqués par quelques oligarques,

 

- laissant que la laideur l'emporte haut la main

dans les arts, la vêture et les rapports humains.

 

Au ras du rock, tonitruante, la musique

devient l'impropre nom d'un bruitage technique.

 

Dans des palaces sont parqués les enrichis

pour réserver la belle étoile aux sans-abri.

 

Les nations ne sont plus que des terrains de chasse

où s'ébattent les trusts sur leurs grandes échasses.

 

Quant aux oaristys, si terre encore il y a

pour les goûter, – c'est entre Charybde et Scylla

 

qu'à présent, dissidents et clandestins, se terrent

les derniers survivants adeptes de Cythère.

 

Pierre Lexert, Le Coin de table, N° 43. Juillet 2010.

*

 Supériorité

 

 

La terre la mer la nuit respirent

un même souffle nous inspire

Les fleurs les arbres l’eau peut-être

et nous

qui nous savons en vie

la mort seule ne se connaît pas

 

Sur les vagues du Temps

le cargo rouillé

laisse un sillage étincelant

 

Youri. Le Coin de table, n° 43. Juillet 2010.

 

*

 Amour

 

 

Les douze coups de minuit sonnent

Toutes les roses du jardin

Ce sont enfuies dans le matin

Adieu, roses bleues des Madonnes

 

Tendres baisers et farandoles

Plus de lumière à ta fenêtre

Plus jamais tes bras où renaître

Adieu, mes espoirs, tous s’envolent

 

Tu es mort mon enfant de chœur

Priez pour nous bon Saint-Amour

Que les vôtres durent toujours

J’ai une épine dans le cœur

 

Juliette Garnier. Le Coin de table, n° 43. Juillet 2010.


 ***


POUR QUE VIVE LA POÉSIE,

 

ABONNEZ-VOUS À LA REVUE LE COIN DE TABLE

 

Voir la rubrique Revue Le Coin de table.

 

                                                                                                    

 

PUBLICATIONS


     L'édition du recueil de Jacques Charpentreau, Ombres légères, constitue le centième ouvrage publié par la Maison de Poésie.

     Le recueil Rimbaud 009, qui regroupe 90 poèmes inédits de 28 poètes de 18 à 23 ans, a reçu un excellent accueil.

       Les deux recueils précédents, dans des tonalités différentes, ont été également bien accueillis : Robert Vigneau, Une vendange d’innocents et Gilles de Obaldia, L’herbe haute.

(Voir leur présentation dans la rubrique Publications).

 

***

 

PATRIMOINE

 

     La bibliothèque de la Maison de Poésie s’enrichit régulièrement, grâce aux dons de poètes et de lecteurs, grâce à divers services de poètes et d’éditeurs soucieux de sauvegarder leurs recueils, etc.

 

*****


Pérennité d'une œuvre poétique

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont peut apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète. Plusieurs dispositions sont possibles.

     - Le dépôt des ouvrages édités (livres) a lieu sans formalités. Les livres sont placés dans la bibliothèque de la Maison de Poésie qui en assure la conservation et la communication.

     - Le dépôt de manuscrits est soumis à un accord de la Maison de Poésie, suivant des modalités diverses.

     - Dons et legs. La Fondation est habilitée à recevoir les dons et legs. Ils peuvent être affectés à la pérennité d'une œuvre par l'organisation de récitals publics, par une publication, par la constitution d'un capital pour un Prix. L'accord de la Maison de Poésie est nécessaire.

 

                                                                                                          

 

    LES AUTEURS CONTRE LES POÈTES

 

 De l’amitié à la rupture

 

     Pendant près de quatre-vingts ans, la Maison de Poésie a entretenu d’excellentes relations avec la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD), cohabitant depuis 1930 dans l’Hôtel particulier d’Émile Blémont.

     En octobre 2006, cette amitié confraternelle entre écrivains fut unilatéralement rompue par l’attaque lancée par la SACD voulant chasser la Maison de Poésie de ses locaux historiques : les considérations financières remplacèrent la connivence esthétique, conformément aux nouvelles normes d’une époque sans vergogne.

 

 

Un accord longuement tenu

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont fut créée par les dispositions testamentaires de Léon Émile Petitdidier, dit Émile Blémont en littérature. Ami des poètes (notamment Hugo, Verlaine, Rimbaud), des artistes (dont Fantin-Latour pour lequel il réunit les poètes du Coin de table), mécène et poète lui-même, il mourut le 1er février 1927. Sa fondation, la Maison de Poésie, fut reconnue d’utilité publique par décret du Président de la République, Gaston Doumergue, en date du 9 août 1928. Fort de ce patronage officiel prestigieux, la Fondation prit possession de l’Hôtel particulier d’Émile Blémont, 11 bis, rue Ballu, 75009 Paris, en tant que légataire.

     Depuis ce jour, non seulement la Maison de Poésie jouit du statut privilégié et protégé d’une Fondation reconnue d’utilité publique, mais elle s’est affirmée comme un acteur important de la vie culturelle, par ses activités, par ses publications, par son prestige, par la reconnaissance de son indépendance.

     En 1929, le Conseil d’Administration de la Maison de Poésie décida de louer l’immeuble à « la Société théâtrale mobilière et immobilière » – la SACD – qui possédait déjà des immeubles au 9 et au 11 de la rue Ballu.

     Le bail passé devant notaire (Maître Léon Vigier, 18, rue des Pyramides à Paris) en date du 9 juillet 1929, prévoyait de louer « un Hôtel et ses dépendances (…) avec cour et jardin, d’une superficie de douze cent quarante-neuf mètres [carrés] et dix-neuf centième environ ». Un bel espace à Paris.

     Mais ce bail précisait immédiatement que la location avait lieu

 

« sous la réserve expresse, par la Maison de Poésie, qui en conserve la jouissance exclusive

1°) De la totalité du deuxième étage.

2°) Du grenier et de ses accès.

3°) De l’escalier conduisant du rez-de-chaussée au deuxième étage.

4°) Et de la loge des concierges. »

 

     Il est également prévu que « l’usage de l’ascenseur est exclusivement réservé à la Fondation bailleresse. »

 

     (Depuis, l’ascenseur a été supprimé par la SACD sans même en aviser la Maison de Poésie, sa plaque en marbre sur l’escalier réservé a été cassée – mais les fragments récupérés dans les gravats – et la loge des concierges remise à la SACD).

 

     Trois ans plus tard, ce bail fut remplacé par un acte de vente à la SACD, du 7 avril 1932, passé devant Maîtres Pierre Vigier et Claude Chavannes, notaires associés, même adresse que leur prédécesseur.

     Après description de la propriété et de ses limites par rapports aux biens voisins, l’acte de vente précisait :

 

     « N’est toutefois pas compris dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance et l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. »

 

     Ainsi, qu’il s’agisse de la location comme de la vente, le deuxième étage et le grenier de l’immeuble n’en font pas partie. Ils sont « formellement exclus » de cette location, puis de cette vente.

     Tout ceci fut entériné deux mois plus tard, le 15 juin 1932, par un décret d’Albert Lebrun, Président de la République, contresigné par Camille Chautemps, ministre de l’intérieur, légitimant cette vente avec ses conditions restrictives, que cette tutelle d’alors autorisait sans aucune remarque.  La plus haute autorité de l’État, après avoir présidé à la naissance de la Fondation,  apportait ainsi sa caution aux dispositions de la vente.

     Cependant, le Conseil d’Administration de la Fondation acceptait dans l’acte de cette vente d’envisager la cession du deuxième étage et de ses annexes à la SACD – si celle-ci le demandait – avec une disposition extrêmement précise :

 

     « Au cas où la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques le jugerait nécessaire elle aura le droit de demander que le dit deuxième étage, et autres locaux occupés par la Maison de Poésie soient mis à sa disposition à charge pour elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de la Maison de Poésie et pour toute la durée de la Fondation, une construction de même importance, qualité, et cube et surface pour surface. Les plans de l’aménagement intérieur devront être soumis à l’approbation de la Maison de poésie, de manière à assurer la meilleure utilisation des locaux. En cas de désaccord la question sera tranchée par arbitres.

     La Maison de Poésie continuera d’avoir la jouissance exclusive et toujours gratuite du deuxième étage et du grenier jusqu’à la réalisation des conditions qui viennent d’être arrêtées (…) ci-dessus. »

     (…)

     En conséquence de tout ce qui précède, la Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres, objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence. »

 

     Ces dispositions formelles, signées par les deux parties, acceptées par la Présidence de la République, ont constitué un usage qui n’a pas été remis en cause pendant près de quatre-vingts ans. La cohabitation des artistes et des poètes s’est ainsi poursuivie dans un climat d’estime mutuelle, les difficultés matérielles qui pouvaient surgir étaient réglées lors de rencontres dont certaines se traduisaient par des protocoles d’accord signés par les deux parties.

 

     Lors d’une étape intermédiaire entre la location et la vente, une Promesse de vente sur papier timbré du 12 novembre 1931, signé par Valmy-Baysse (Maison de Poésie) et Charles Méré (SACD) n’avait pour objet que de reprendre les dispositions essentielles concernant la Maison de Poésie, et son éventuel relogement dans la propriété. Ces dispositions, revenant comme un leitmotiv, conditionnaient évidemment la location comme la vente de l’immeuble. La SACD les acceptaient alors sans restriction.

     Dans ce climat amical, la Maison de Poésie avait consenti la location de deux de ses bureaux (superficie : soixante-quatorze mètres carrés) à la SACD par un bail du 7 juillet 1948, toujours valable, alors signé par Valmy-Baysse pour la Fondation Émile Blémont et par Roger-Ferdinand pour la SACD qui reconnaissait ainsi la propriété de la Maison de Poésie. Le loyer, d’un montant modeste, a été régulièrement versé par la SACD au propriétaire, la Maison de Poésie, jusqu’en 2009 inclus, soit pendant soixante et un ans de propriété non contestée de la Fondation Émile Blémont.

     La Maison de Poésie a entretenu des rapports cordiaux avec les Présidents qui se sont succédés à la SACD et avec ses Directeurs, en particulier avec Monsieur Matthyssens qui tenait à ces bonnes relations. Plusieurs administrateurs du Conseil de la Fondation (et la Fondation elle-même) sont par ailleurs membres de la SACD, comme un grand nombre de ses amis et donateurs.

     Cette coexistence pacifique s’est interrompue brutalement en 2006.

 

 

La rupture

 

     Le 9 octobre 2006, Madame Janine Lorente, Directrice générale adjointe de la SACD avisait la Maison de Poésie du « souhait [de la SACD] de récupérer dès que possible les locaux que vous occupez dans notre immeuble en nous fondant sur la consultation qui nous a été remise par Me Dauchez, notaire. »

     Le Conseil d’Administration de la Maison de Poésie, estimant, d’après l’acte du 7 avril 1932, que ses locaux n’étaient pas compris dans la vente, se refusait de répondre favorablement à cette mise en demeure qui ne faisait aucune référence à l’obligation de relogement dans la propriété.

     Le 7 mai 2007, la SACD, représentée par Monsieur Pascal Rogard, Directeur général, assignait la Maison de Poésie devant le Tribunal de Grande Instance de Paris. La Maison de Poésie était représentée par ses avocats, Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Catherine Castro (de la Société De Gaulle et Fleurance).

     Le point litigieux se trouve dans une disposition constante du bail comme de l’acte de vente : « N’est toutefois pas compris dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance et l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. » Pour la Maison de poésie, cette phrase prouve que ses locaux sont formellement exclus de la vente. Pour la SACD, ils lui appartiennent.

     Toutefois, le Conseil d’Administration de la Maison de Poésie se référant à une disposition formelle et contraignante de l’acte de vente, reste disposé à envisager la possibilité, prévue par cet acte, d’accepter de nouveaux locaux dans la propriété. Fidèle à l’esprit du Conseil d’Administration de la Maison de Poésie en 1932, le Conseil d’aujourd’hui est disposé à envisager ce changement suivant les modalités précises prévues par l’acte de vente.

     Une tentative de médiation proposée par le Tribunal dans une première composition a échoué, faute de propositions conformes à l’acte de vente.

     Le 4 mars 2010, le Tribunal, alors composé de Mesdames Sylvie Garcia (juge), Christine-Marie Coste-Floret (Vice-Présidente) et Jeanne Drevet (Vice-Présidente), considérait que la Maison de Poésie occupait « les locaux sans droit ni titre », ordonnait son expulsion « dans un délai de huit mois à compter de la signification du jugement », fixait une indemnité d’occupation de 3 000 € par mois, la condamnait à payer en outre 2 000 € et ordonnait « l’exécution provisoire de la présente décision. »

 

Une situation difficile

 

     L’exécution provisoire est une décision assez rare dans ce genre de procès. Elle était totalement inattendue et elle place la Maison de Poésie en grande difficulté, avec ses archives, ses nombreux documents, ses lettres signées de noms illustres (Hugo, Verlaine, etc.), ses 20 000 volumes (certains dédicacés), ses tableaux, ses bustes, ses œuvres d’art, etc.

     Le Conseil d’administration de la Maison de Poésie a immédiatement demandé à ses avocats d’interjeter appel, ce qui fut fait le 23 mars 2010.

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a pour adversaire ses anciens amis, et dans ce conflit, la Maison de Poésie est bien faible par rapport à ce puissant adversaire. La SACD est une société de perception des droits (légitimes) des auteurs et elle a perçu 176 318 321,31 euros en 2009 et réparti 156 212 770,88 €. Son bilan net est de 189 707 332 €. La Maison de Poésie n’a eu que 61 232, 78 € de ressources en 2009 (et de nombreuses aides provenant du travail bénévole de poètes amis qui lui permettent d’agir très efficacement). Ce déséquilibre considérable est à l’image de la société de notre époque où le spectacle triomphe et où la poésie s’amenuise, proche de disparaître.

     Le poète est toujours ce « Petit-Poucet rêveur [égrenant] dans [sa] course / Des rimes », sa seule richesse.

     La SACD a fait proposer par son avocat à la Maison de Poésie de régler les frais de déménagement et d’emménagement pour un ailleurs éventuel – si la Fondation renonçait à faire appel. Il ne saurait en être question.

     On voit bien que nos adversaires attendent la disparition d’une clause gênante qui se trouve dans les actes : « et pour toute la durée de la Fondation »… « Les noirs exécuteurs n’attendent que sa mort ». Mais l’octogénaire bouge encore.

     Dans ce conflit apparemment inégal, la Maison de Poésie a reçu de nombreux signes de sympathie et de soutien venant de poètes, d’amateurs de poésie, de lecteurs, d’amis, de fidèles fréquentant ses conférences et rencontres, de revues, de Sociétés d’auteurs – et parmi eux se trouvent des membres de la SACD (et même de son Conseil d’Administration et d’anciens Présidents).

     Cependant, la quasi-totalité des membres de la SACD ne sont pas au courant de cette impitoyable et confidentielle procédure. Pour en avoir des échos, ils doivent se reporter aux publications de la Maison de Poésie.

     Parmi ceux qui se sont manifestés, on trouve aussi bien de jeunes poètes encore inconnus que de prestigieux écrivains, des auteurs dramatiques membres de la SACD (et de l’Académie française).

     Ces témoignages de sympathie constituent un précieux réconfort pour le Conseil d’Administration de la Maison de Poésie et ils lui permettent d’attendre avec patience une nouvelle décision de justice. Le Conseil remercie vivement tous ceux qui lui apportent leur soutien.

 

     La seule Fondation agissant en faveur de la poésie et des poètes à être reconnue d’utilité publique souhaite pouvoir continuer à remplir la mission qui lui fut confiée, voilà plus de quatre-vingts ans, par un généreux mécène visionnaire, Émile Blémont – et cautionnée alors par un Président de la République que sa charge politique, au plus noble sens du terme, incitait à aider la poésie.

 

La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

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AUX AMIS DE LA POÉSIE :

 

 

POUR QUE VIVE LA POÉSIE

 

 

     La Poésie tient du miracle : avec la banalité des mots de tous les jours, le poète crée une œuvre d’art et fait chanter à jamais en nous les sanglots longs des violons de l’automne.

 

     L’existence de la Maison de Poésie participe elle aussi du miracle : depuis plus de quatre-vingts ans, cette Fondation sans cesse menacée est parvenue à vivre avec peu de ressources. Ce miracle permanent, elle le doit en grande partie à la générosité de ses amis et au travail de ses administrateurs, tous entièrement bénévoles. Aujourd'hui, elle fait appel à vous. Elle est actuellement en grave danger, ses locaux historiques étant convoités par la puissante Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

 

  DONS ET MÉCÉNAT

 

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

est reconnue d’utilité publique.

 

     À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi.

 

     Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement.

 

     Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux.

     Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.

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Contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu :

     Diminution de l’impôt sur le revenu de 66 % du montant des sommes versées à la Maison de Poésie, dans la limite de 20 % du revenu imposable.

 

Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) :

     La réduction de l’ISF est de 75 % du montant des sommes versées à la Maison de Poésie dans la limite de 50 000 euros par an.

 

     Les contribuables  désirant des précisions peuvent se mettre dès maintenant en rapport avec la Fondation.

          - Téléphone : 01 40 23 45 99.

          - Adresse postale : 11 bis, rue Ballu. 75009 Paris.

          - Adresse par Internet : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

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Nous avons besoin de la poésie. La poésie a besoin de vous !

 

 

 

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Mis à jour ( Dimanche, 11 Juillet 2010 06:15 )