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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris


 

 

 MANIFESTATIONS LITTÉRAIRES

 

 

de la Maison de Poésie

 

 **

 

     Les matinées littéraires de la Maison de Poésie ont été momentanément suspendues, à la suite de l'expulsion de ses locaux historiques de l'Hôtel particulier d'Émile Blémont, rue Ballu à Paris, par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD).

      Cependant, grâce à l'amabilité de nos amis de la Société des Poètes Français qui nous accueillent avec générosité, nous reprenons quelques rencontres dans leurs locaux, 16, rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris. Parmi ces retrouvailles, nous signalons pour le moment :

     - Jeudi 26 novembre 2015. Parloir des Poètes. De 16 h 30 à 18 h.

     - Mercredi 3 février 2016. Rencontre poétiques. À 17 h.

     - Mercredi 9 mars 2016. Id.

     - Jeudi 12 mai 2016. Causerie d'Astrid Bouygues : De la viande à la chair. Amour et Boucherie dans la poésie du XXe siècle.  À 17 h.

 

 

***

Rappel

19 janvier 2011

dans les locaux historiques de la Maison de Poésie

11 bis, rue Ballu. 75009 Paris

avant son expulsion par les auteurs et compositeurs dramatiques.

 

 

L’HERBE HAUTE

 

Concert-lecture  autour des poèmes de

 

GILLES DE OBALDIA

 

 

Musique chorale : Thierry Machuel et Jacques Barathon.

Création sonore : Nadir Babouri. Travail théâtral : Benoît Richter.

Conception, direction musicale : Emmanuèle Dubost.

 

 

 

Théâ-Chœur : Gilles de Obaldia, Florence Darcq, Lionel Gontier,

Pascale Brochard, François-Xavier Galen, Elisabeth Nègre,

Violaine Pattée, Michel Lagües, Isabelle Baudry, Martine Devin.

 

                     

 

 

 

 

 

Photographies : Mathilde Martineau

 

     Avec l’aide de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) et de la DRAC (Direction Régionale de l’Action Culturelle).

 

 

        

 

Photographies : © Sébastien Le Clézio.

 

*****

 

 Le dernier Parloir des Poètes à la Maison de Poésie,

11 bis rue Ballu. 75009 Paris

avant l'expulsion par la SACD

 

Mercredi 28 septembre 2011

 

    

 

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Photographies : Mathilde Martineau.

 

 

     Les 30 000 volumes, les tableaux, les sculptures, les manuscrits, tout le patrimoine de la Maison de Poésie venait d'être mis en caisses et placé dans les dépôts de la Bibliothèque Nationale de France. Tous les rayonnages ont été vidés. La poésie est descendue aux catacombes. La nuit tombe.  Les poètes s'éloignent. La SACD  va pouvoir venir prendre possession des locaux.

 

                        

 

   Prix de la Maison de Poésie

 

     Les Prix 2010 de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ont été décernés lors du Parloir des Poètes du Mercredi 20 octobre, qui réunissait des poètes et des amis de la poésie dans la grande bibliothèque de la Fondation.

     Grand Prix de Poésie : Jean-Claude Pirotte, pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la publication de son recueil Le Promenoir magique et autres poèmes (La Table Ronde).

     Prix Paul Verlaine : Jacques Bertin pour son recueil Blessé seulement (L'Escampette).

     Prix Philippe Chabaneix : Béatrice Marchal pour la publication des poèmes inédits de Cécile Sauvage, Écrits d'amour (Le Cerf).

     Chaque lauréat a reçu une statuette en pierre d’Isabel Roxo, qui lui a été remise par le sculpteur. L’œuvre destinée à Jean-Claude Pirotte a été confiée à la représentante des Éditions de la Table Ronde, car le poète, souffrant, n’avait pu venir de Belgique où il réside actuellement.

 

Daniel Sauvalle, Isabelle Roxo, Jean-Luc Moreau, Jacques Bertin.

Photographie : Elizaveta Zhuravleva.

    

     Une présentation de l’œuvre de chacun de ces trois poètes a mis en valeur les raisons de ces choix et plusieurs de leurs poèmes ont été lus.

     La réception a permis, par la suite, à plusieurs poètes présents de dire un poème – prolongeant ainsi la mise en valeur de la poésie vivante.

Voir la rubrique Prix littéraires.

 

 

         

 

Photographies : © Sébastien Le Clézio.

                             

 

 

PARMI LES POÈMES PRÉSENTÉS

 

OU RÉCITÉS

 

 

AU COURS DU PARLOIR DES POÈTES

 

   

je ne parlerai qu’à voix basse

à mes fantômes familiers

et de nos pas dans les allées

incertaines du vieux vieux temps

nul ne pourra suivre la trace

les reflets au bord des étangs

de nos misérables carcasses

s’évanouissent comme passent

les frêles amours les nuées

les étincelles de la grâce

je ne parlerai qu’à voix basse

et le cœur à peine battant

à mes ombres dépossédées

par le mirage des années

incertaines du vieux vieux temps.

Jean-Claude Pirotte, La Boîte à musique.

***

La chanson…

La chanson est un cimetière

les notes sont des tombes bleues

le soir y tombe et il y pleut

des larmes de roses trémières

l’eau monte dans le cœur noyé

le passé submerge la rive

ravivant des plaies de chaux vive

et d’anciens rêves dévoyés

plein le ciel il y a des masques

sous le soir il faut se hâter

passe le temps et la bourrasque

sur la gabare démâtée

nous irons nous cacher dans l’île

nous irons mourir gentiment

nous planterons de bons serments

et des baisers sur nos chairs vives

un jour si tu reviens par là

tu trouveras en fouillant l’ombre

ces anciennes raisons profondes

les mêmes qui t’ennuient déjà

Jacques Bertin, Blessé seulement. 

***

Ton désir...

Ton désir est le fruit qui seul peut m'apaiser,

J'ai faim, donne-le moi que je morde au baiser,

C'est pour la faim du fruit, hélas! que je suis née.

Il est fait pour mon sang, il est fait pour mes lèvres,

Ma bouche l'a choisi, mon sang tremble de fièvre,

Ton corps est le fruit lourd qui doit combler mes bras,

Viens dans mes bras, mon âme à ton âme tout bas.

Viens, une joie ardente et triste me pénètre,

Ne dois-je pas trouver mon âme dans ton être,

Mon sein n'est-il pas fait pour ta bouche d'enfant.

Tu m'appelles, je viens, le chemin de ton sang

Est en moi, tout mon être est soumis à ta vie.

Cécile Sauvage, Écrits d'amour.

 

     Pirotte     Bertin     Sauvage

 

                             

 

AU COURS DU PRINTEMPS DES POÈTES,

 

« COULEUR FEMME » :

Tout aussitôt...

Tout aussitôt que je commence à prendre

Dans le mol lit le repos désiré,

Mon triste esprit, hors de moi retiré,

S'en va vers toi incontinent se rendre.

Lors m'est avis que dedans mon sein tendre

Je tiens le bien où j'ai tant aspiré,

Et pour lequel j'ai si haut soupiré

Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.

Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !

Plaisant repos plein de tranquillité,

Continuez toutes les nuits mon songe ;

Et si jamais ma pauvre âme amoureuse

Ne doit avoir de bien en vérité,

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.

Œuvres de Louise Labé, Lyonnaise, 1555.

 

***
 
 

L'amour

Vous demandez si l'amour rend heureuse ;

Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.

Ah ! pour un jour d'existence amoureuse,

Qui ne mourrait ? la vie est dans l'amour.

Quand je vivais tendre et craintive amante,

Avec ses feux je peignais ses douleurs :

Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs,

Que cette image en paraît moins charmante.

Si le sourire, éclair inattendu,

Brille parfois au milieu de mes larmes,

C'était l'amour ; c'était lui, mais sans armes ;

C'était le ciel... qu'avec lui j'ai perdu.

Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme ;

Il brûle tout, ce doux empoisonneur.

J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme :

Demandez-donc s'il donne le bonheur !

Vous le saurez : oui, quoi qu'il en puisse être,

De gré, de force, amour sera le maître ;

Et, dans sa fièvre alors lente à guérir,

Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse ;

Dès qu'il revient, on tremble nuit et jour ;

Souvent enfin la mort est dans l'amour ;

Et cependant... oui, l'amour rend heureuse !

Marceline Desbordes-Valmore

***

Elle règne

Le soir était plus doux que l'ombre d'une fleur.

J'entrai dans l'ombre ainsi qu'en un parfait asile.

La voix, récompensant mon attente docile,

Me chuchota: « Vois le palais de la douleur ».

Mes yeux las s'enchantaient du violet, couleur

Unique car le noir dominait. Immobile

La douleur demeurait assise, très tranquille.

J'admirais l'unité de sa grande pâleur.

Mon coeur se resserrait dans un étau funeste,

Et j'allais m'éloigner, lorsqu'elle me dit : reste,

Aussitôt j'entendis prolonger un sanglot.

Dans la salle du trône, un clair de lune blême

Envahissait la nuit, comme un rocher le flot,

Et la Douleur régnait, implacable et suprême.

Renée Vivien, Sillages, Sansot, 1908.

***

Sur le lit plein de ton parfum

Je vais dormir comme en tes bras

Et revivre encor tes caresses,

Te retenir nu contre moi,

Sentir tes formes sur les miennes

Et ton désir lourd et tremblant

Grelotter de fièvre à mon flanc.

J’aurai faim de ta chair vivante,

J’aurai ta vie entre mes bras.

Cécile Sauvage, Prière. 1914-1915. Écrits d’amour. Édition établie, présentée et annotée par Béatrice Marchal. © Le Cerf, 2009.

*

Que m’importent lieu, durée,

Si je demeure assurée

De garder toujours l’instant.

Seconde ou siècle, autant

Le vent sur sa route emporte.

Lieu, durée, ah ! que m’importe.

Tout défile au même train.

Je ne saisirai qu’un grain

Du sable des destinées.

Pour le cueillir je suis née.

Liliane Wouters, L’Aloès, Luneau-Ascot, 1983. Dans Le Gel, Seghers, 1966.


                            
 
10 POÈTES DES ANNÉES 10 :

 
     

    Sonnet

Hommes pensifs, je ne vous donne à lire

Ces miens devis, si vous ne contraigniez

Le fier maintien de vos fronts réchignés :

Ici n’y a seulement que pour rire.

Laissez à part votre chagrin, votre ire,

Et vos discours de trop loin desseignés :

Une autre fois vous serez enseignés.

Je me suis bien contraint pour les écrire.

J’ai oublié mes tristes passions ;

J’ai intermis mes occupations ;

Donnons, donnons quelque lieu à Folie ;

Que maugré nous ne nous vienne saisir

Et en un jour plein de mélancolie,

Mêlons au moins une heure de plaisir.

Bonaventure Des Périers, Sonnet liminaire des Nouvelles récréations et joyeux devis, 1558.

***

Superbes monuments…

Superbes monuments de l’orgueil des humains,

Pyramides, tombeaux, dont la vaine structure

A témoigné que l’art, par l’adresse des mains

Et l’assidu travail, peut vaincre la nature ;

Vieux palais ruinés, chefs-d’œuvre de Romains

Et le dernier effort de leur architecture,

Colisée où souvent des peuples inhumains

De s’entr’assassiner se donnaient tablature ;

Par l’injure du temps vous êtes abolis

Ou, du moins, la plupart, on vous a démolis :

Il n’est point de ciument que le temps ne dissoude.

Si le marbre si dur a senti son pouvoir,

Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir

Qui m’a duré deux ans soit troué par le coude ?

Paul Scarron, 1651.

***

Dix-huit ans

J'ai dix-huit ans : tout change, et l'Espérance

Vers l'horizon me conduit par la main.

Encore un jour à traîner ma souffrance,

Et le bonheur me sourira demain.

Je vois déjà croître pour ma couronne

Quelques lauriers dans les fleurs du printemps ;

C'est un délire… Ah ! qu'on me le pardonne ;

J'ai dix-huit ans !

J'aime Provins, j'aime ces vieilles tombes

Où les Amours vont chercher des abris ;

Ces murs déserts qu'habitent les colombes,

Et dont mes pas font trembler les débris.

Là, je m'assieds, rêveur, et dans l'espace

Je suis des yeux les nuages flottants,

L'oiseau qui vole et la femme qui passe :

J'ai dix-huit ans !

Bercez-moi donc, ô rêves pleins de charmes !

Rêves d'amour !… Mais l'aquilon des mers

A jusqu'à moi porté le bruit des armes :

La Grèce appelle en secouant ses fers.

Loin de la foule et loin du bruit des villes,

Dieux ! laissez-moi respirer quelque temps,

Le temps d'aller mourir aux Thermopyles :

J'ai dix-huit ans !

Mais quel espoir ! la France, jeune et fière,

S'indigne aussi de vieillir en repos ;

Des cieux, émus par quinze ans de prière,

La Liberté redescend à propos.

Foudre invisible et captif dans la nue,

Hier encor, je te disais : Attends !

Mais aujourd'hui, parais ; l'heure est venue :

J'ai dix-huit ans !

Hégésippe Moreau, Le Myosotis, 1838.

***

Derniers vers

L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois,

De tous les côtés sonne à mes oreilles,

Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles,

Partout je la sens, partout je la vois.

Plus je me débats contre ma misère,

Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur ;

Et, dès que je veux faire un pas sur terre,

Je sens tout à coup s'arrêter mon cœur.

Ma force à lutter s'use et se prodigue.

Jusqu'à mon repos, tout est un combat ;

Et, comme un coursier brisé de fatigue,

Mon courage éteint chancelle et s'abat.

Alfred de Musset. 1857. Année de sa mort.

***

Par ce soir pluvieux...

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,

Un secret avertissement,

Ô feuille qui me viens effleurer le visage

 

Avec un doux frémissement ?

 

 

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,

 

Trop lourde d’une goutte d’eau :

 

Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes

 

Les jours amassés en fardeau.

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille,

Qui donnais ton ombre au jardin !

Le songe où maintenant mon âme se recueille

Ouvre les portes du destin.

Jean Moréas, Les Stances, 1893.

****

Élégie pour un ami (VI)

Un jour, il faut partir et l'on ne sait

plus rien de ce qui fut à l'origine

du feu, ni comment ni pourquoi

les choses tout à coup

se sont mises à tourner de travers

et le feu s'est éteint, le rosier changé

en épines, l'amour en terre brûlée,

et ce qui reste avec

le bruit de nos pas à la place du cœur

et peu de choses : des mots sur du papier

qui ne disent plus rien sinon qu’ils furent

écrits, lus et relus

par un aveugle dansant dans l’incendie.

Guy Goffette, Tombeau du Capricorne. © Gallimard, 2009.

***

Demeurons un moment...

Demeurons un moment puisque tout alentour

s’écoule en même temps que l’eau de la rivière

 

trois ou quatre colverts font des allers-retours

 

serrés géométriquement dans la lumière

 

 

le héron planté juste au milieu des remous

 

comme un veilleur dégingandé – lui et la buse

 

qui varie à la verticale ont rendez-vous

 

sens-tu comme aujourd’hui la chaleur est diffuse ?

 

 

oui le héron, la buse, oui ce vol des colverts

 

d’où vient leur foi, la volonté qui les anime

 

par où l’eau coule et par quoi les arbres sont verts

 

ce qui les pousse et peut-être nous détermine ?

arrêtons-nous tous deux sur le bord du chemin

et dans l’impatience de tout, main dans la main.

Bertrand Degott, Battant. © La Table Ronde, 2006.

                            

René Guy Cadou, poète de l'amour et de la mort

 

     En évoquant la vie et l'œuvre de René Guy Cadou, Claude Cailleau a montré comment cette poésie si riche d'images dans sa simplicité tressait la lumière de l'amour et l'ombre de la mort. Cette évocation fut particulièrement émouvante et Cadou reçu le plus bel hommage qu'on puisse donner à un poète, puisque plusieurs participants récitèrent des poèmes qu'ils portaient en leur mémoire, montrant ainsi que René Guy Cadou était bien l'un des grands poètes du XXe siècle.

Automne

Odeur des pluies de mon enfance

Derniers soleils de la saison !

À sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses vacances,

Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,

Pleine de guêpes écrasées,

Sentait l’encre, le bois, la craie

Et ces merveilleuses poussières

Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,

Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,

Le vent souffle sous le préau,

Mais je tiens entre paume et pouce

Une rouge pomme à couteau.

René Guy Cadou, Les Amis d’enfance, Maison de la Culture de Bourges, 1965.

 

Cadou

René Guy Cadou, Autoportrait.

****

 

Parmi les poèmes publiés récemment et récités lors d'une matinée littéraire :

 

 

Le Poète est venu…

 

 

 

Le Poète est venu Personne ne l’estime

Qui peut lui pardonner Il perturbe et il tend

trop loin vers l’horizon final des jugements

que l’homme avec raison au quotidien réprime

 

 

Il passe en se cognant dans le palais des rimes

maître d’un genre abandonné depuis longtemps

Il erre en trébuchant sur des idées sublimes

qui surplombent le cours de l’âge et son torrent

 

 

Le Poète est au ban de la cité grégaire

Pourtant il finira car c’est là son destin

en combattant l’hydre des temps totalitaires

 

 

Il erre accompagné partout par le silence

d’un monde aveugle et sourd que son discours offense

et qui gravite autour des astres du déclin.

 

 

 

Chaunes, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.

 

 

 

***

 

 

Déculpabilisation

 

 

 

 

Les costumes cravates en route pour l’école

(Ils sont rentrés trop tard et les enfants dormaient

Ils partent en mission loin des petits Mickey)

Prennent le temps soudain du léger, du frivole

 

 

Alors quelques minutes avant le cours de maths

Alors quelques minutes avant le prochain train

Ils livrent un peu d’humour, du chic et du bath

En faisant de la route habituelle un chemin

 

 

« Un obstacle sur la voie ? Le feu passe au rouge

Le train s’arrête alors, plus personne ne bouge !

Regarde au loin là-bas : la maison des Martin

Travaille bien chéri, on se revoit demain »

 

 

 

Jean-Luc Despax, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.

 

 

 

***

 

  Fixé, cargué, rangé

 

U

Un nuage mutin vient de passer la rampe

- celle des monts neigeux que le soleil colore -

il flotte, blanc ludion, sur le bleu de l'aurore

puis sur un pic voisin tel un drapeau se campe.


Un merle déluré me salue en passant,

l'écureuil du verger met sa queue en trompette

(c'est un voleur de noix qui n'en fait qu'à sa tête)

mais Filou notre chat est le plus caressant.

 

 

Une journée encor s'écoule comme coule

l'eau chantante du ru récemment réparé

qu'on utilise ici pour irriguer les prés

y assouplir l'osier ou le poignet qu'on foule.

 

 

Il va falloir semer, planter; soigner les fleurs,

vaquer paisiblement aux tâches domestiques

avant de se laisser gagner par la musique,

le dessin, l'écriture, un livre prometteur.

 

 

Cela étant le temps étend ses tentacules,

fait de ce havre un piège aux séduisants barreaux

pour peu que vous songiez à cet alter ego

toujours prompt, toujours prêt - que vous fûtes -

 

 

à boucler sa valise et coiffer son chapeau

pour changer d'horizon, de peau, de latitude...

 

 

 

 

Pierre Lexert, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.