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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


11 bis, rue Ballu. 75009 Paris

01 40 23 45 99


La Maison De Poésie Manifestation littéraires
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Dimanche, 01 Mars 2009 00:00

MANIFESTATIONS LITTÉRAIRES

 

2010

 

 

PRINCIPALES MATINÉES POÉTIQUES

 

À la Maison de Poésie

11 bis, rue Ballu. 75009 Paris

à 16 heures

 

Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles de l'Île-de-France
Ministère de la Culture et de la Communication

 

- Mercredi 27 janvier : Jacques Charpentreau, 10 poètes pour les années 10.

- Mercredi 17 février : Jean-Luc Despax, Claude Ber, le civisme de l’inquiétude.

                                                                  

 

PRINTEMPS DES POÈTES 2010

COULEUR FEMME

 

 

- Lundi 8 mars : Jacques Charpentreau, 10 « poétrices » pour 2010. 

    Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Louise Michel, Marie de Heredia (Marie de Régnier, Gérard d'Houville), Anna de Noailles, Renée Vivien, Marie Noël, Andrée Sodenkamp, Liliane Wouters, Lise Mathieu.

- Mercredi 10 mars :  Robert Vigneau, Lucienne Desnoues, L'éternel sous le quotidien.

- Jeudi 11 mars : Béatrice Marchal, Cécile Sauvage.

- Lundi 15 mars : Jean-Pierre Rousseau, Présences féminines dans la poésie brésilienne.

     Récitants : Dominique Daguet, Joao Heitor, Robert Marcy

- Mercredi 17 mars : Mathilde Martineau, Louise de Vilmorin, jardinière de la poésie.

- Jeudi 18 mars : Table ronde dirigée par Jean-Luc Despax :  

Y a-t-il une poésie féminine ? – ou masculine ?


Jacques Charpentreau, Président de la Maison de Poésie

Jean-Luc Despax, Poète, Professeur.

Béatrice Marchal, Poète, Professeur.

Mathilde Martineau, Conservateur. Maison de Poésie.

Jean-Pierre Rousseau, Poète, traducteur de la poésie brésilienne.

Robert Vigneau, Poète.

 

Note :

     Béatrice Marchal est l’auteur de deux livres consacrés à Cécile Sauvage :

     - Les Chant du silence. Olivier Messiaen, fils de Cacile Sauvage, ou la musique face à l’impossible parole. Delatour, 2008. 128 p. 12,70 €.  (À commander par internet).

     - Cécile Sauvage. Écrits d’amour. Édition établie, présentée et annotée par Béatrice Marchal. Éditions du Cerf, 2009. 192 p. 20 €.

     La causerie de Béatrice Marchal présente ce dernier ouvrage qui révèle de nombreux poèmes d’amour inédits et inattendus qui renouvellent totalement notre connaissance de l’œuvre et de la vie de ce poète.

                                                

 

- Mercredi 14 avril : Claude Cailleau, René Guy Cadou, poète de l'amour et de la mort.

- Mercredi 26 mai :  Parloir des Poètes. Poésie vivante. Présentation de l'œuvre de Jean-Pierre Rousseau.

- Mercredi 20 octobre : Le Parloir des poètes. Réunion de la rentrée poétique. : La poésie vivante. 

- Mercredi 8 décembre : Journal parlé de la Poésie. L’actualité de la poésie.

*

La Maison de Poésie se réserve la possibilité de modifier

les dates et sujets de ses matinées littéraires.

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

 

AVEC L’AIDE DE LA SACEM

(Société des Auteurs, Compositeurs, Éditeurs de musique)

 

                                                                                                                       

 

 

PARMI LES POÈMES PRÉSENTÉS

OU RÉCITÉS


 

AU COURS DU PRINTEMPS DES POÈTES,


« COULEUR FEMME » :

 

Tout aussitôt...

 

Tout aussitôt que je commence à prendre

Dans le mol lit le repos désiré,

Mon triste esprit, hors de moi retiré,

S'en va vers toi incontinent se rendre.

 

Lors m'est avis que dedans mon sein tendre

Je tiens le bien où j'ai tant aspiré,

Et pour lequel j'ai si haut soupiré

Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.

 

Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !

Plaisant repos plein de tranquillité,

Continuez toutes les nuits mon songe ;

 

Et si jamais ma pauvre âme amoureuse

Ne doit avoir de bien en vérité,

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.

 

Œuvres de Louise Labé, Lyonnaise, 1555.


***

 

L'amour

 

Vous demandez si l'amour rend heureuse ;

Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.

Ah ! pour un jour d'existence amoureuse,

Qui ne mourrait ? la vie est dans l'amour.

 

Quand je vivais tendre et craintive amante,

Avec ses feux je peignais ses douleurs :

Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs,

Que cette image en paraît moins charmante.

 

Si le sourire, éclair inattendu,

Brille parfois au milieu de mes larmes,

C'était l'amour ; c'était lui, mais sans armes ;

C'était le ciel... qu'avec lui j'ai perdu.

 

Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme ;

Il brûle tout, ce doux empoisonneur.

J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme :

Demandez-donc s'il donne le bonheur !

 

Vous le saurez : oui, quoi qu'il en puisse être,

De gré, de force, amour sera le maître ;

Et, dans sa fièvre alors lente à guérir,

Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

 

Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse ;

Dès qu'il revient, on tremble nuit et jour ;

Souvent enfin la mort est dans l'amour ;

Et cependant... oui, l'amour rend heureuse !

 

Marceline Desbordes-Valmore


***

 

Elle règne

 

Le soir était plus doux que l'ombre d'une fleur.

J'entrai dans l'ombre ainsi qu'en un parfait asile.

La voix, récompensant mon attente docile,

Me chuchota: « Vois le palais de la douleur ».

 

Mes yeux las s'enchantaient du violet, couleur

Unique car le noir dominait. Immobile

La douleur demeurait assise, très tranquille.

J'admirais l'unité de sa grande pâleur.

 

Mon coeur se resserrait dans un étau funeste,

Et j'allais m'éloigner, lorsqu'elle me dit : reste,

Aussitôt j'entendis prolonger un sanglot.

 

Dans la salle du trône, un clair de lune blême

Envahissait la nuit, comme un rocher le flot,

Et la Douleur régnait, implacable et suprême.

 

Renée Vivien, Sillages, Sansot, 1908.

 

***

 

Sur le lit plein de ton parfum

Je vais dormir comme en tes bras

Et revivre encor tes caresses,

Te retenir nu contre moi,

Sentir tes formes sur les miennes

Et ton désir lourd et tremblant

Grelotter de fièvre à mon flanc.

J’aurai faim de ta chair vivante,

J’aurai ta vie entre mes bras.

 

Cécile Sauvage, Prière. 1914-1915. Écrits d’amour. Édition établie, présentée et annotée par Béatrice Marchal. © Le Cerf, 2009.

 

*

 

Que m’importent lieu, durée,

Si je demeure assurée

De garder toujours l’instant.

Seconde ou siècle, autant

Le vent sur sa route emporte.

Lieu, durée, ah ! que m’importe.

Tout défile au même train.

Je ne saisirai qu’un grain

Du sable des destinées.

 

Pour le cueillir je suis née.

 

Liliane Wouters, L’Aloès, Luneau-Ascot, 1983. Dans Le Gel, Seghers, 1966.



                                                        


10 POÈTES DES ANNÉES 10 :

 

     Pour fêter le passage à 2010, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont avait rendu hommage à quelques poètes des années -10, et notamment Bonaventure des Périers (né en 1510), Paul Scarron (né en 1610), Hégésippe Moreau (né en 1810), Alfred de Musset (né en 1810), Jean Moréas (décédé en 1910), et, parmi les poètes de 2010, à Guy Goffette et à Bertrand Degott.

 

    Sonnet

 

Hommes pensifs, je ne vous donne à lire

Ces miens devis, si vous ne contraigniez

Le fier maintien de vos fronts réchignés :

Ici n’y a seulement que pour rire.

 

Laissez à part votre chagrin, votre ire,

Et vos discours de trop loin desseignés :

Une autre fois vous serez enseignés.

Je me suis bien contraint pour les écrire.

 

J’ai oublié mes tristes passions ;

J’ai intermis mes occupations ;

Donnons, donnons quelque lieu à Folie ;

 

Que maugré nous ne nous vienne saisir

Et en un jour plein de mélancolie,

Mêlons au moins une heure de plaisir.

 

Bonaventure Des Périers, Sonnet liminaire des Nouvelles récréations et joyeux devis, 1558.

 

***

 

Superbes monuments…

 

 

Superbes monuments de l’orgueil des humains,

Pyramides, tombeaux, dont la vaine structure

A témoigné que l’art, par l’adresse des mains

Et l’assidu travail, peut vaincre la nature ;

 

Vieux palais ruinés, chefs-d’œuvre de Romains

Et le dernier effort de leur architecture,

Colisée où souvent des peuples inhumains

De s’entr’assassiner se donnaient tablature ;

 

Par l’injure du temps vous êtes abolis

Ou, du moins, la plupart, on vous a démolis :

Il n’est point de ciument que le temps ne dissoude.

 

Si le marbre si dur a senti son pouvoir,

Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir

Qui m’a duré deux ans soit troué par le coude ?

 

Paul Scarron, 1651.

 

***

 

Dix-huit ans

 

J'ai dix-huit ans : tout change, et l'Espérance

Vers l'horizon me conduit par la main.

Encore un jour à traîner ma souffrance,

Et le bonheur me sourira demain.

Je vois déjà croître pour ma couronne

Quelques lauriers dans les fleurs du printemps ;

C'est un délire… Ah ! qu'on me le pardonne ;

J'ai dix-huit ans !

 

J'aime Provins, j'aime ces vieilles tombes

Où les Amours vont chercher des abris ;

Ces murs déserts qu'habitent les colombes,

Et dont mes pas font trembler les débris.

Là, je m'assieds, rêveur, et dans l'espace

Je suis des yeux les nuages flottants,

L'oiseau qui vole et la femme qui passe :

J'ai dix-huit ans !

 

Bercez-moi donc, ô rêves pleins de charmes !

Rêves d'amour !… Mais l'aquilon des mers

A jusqu'à moi porté le bruit des armes :

La Grèce appelle en secouant ses fers.

Loin de la foule et loin du bruit des villes,

Dieux ! laissez-moi respirer quelque temps,

Le temps d'aller mourir aux Thermopyles :

J'ai dix-huit ans !

 

Mais quel espoir ! la France, jeune et fière,

S'indigne aussi de vieillir en repos ;

Des cieux, émus par quinze ans de prière,

La Liberté redescend à propos.

Foudre invisible et captif dans la nue,

Hier encor, je te disais : Attends !

Mais aujourd'hui, parais ; l'heure est venue :

J'ai dix-huit ans !

 

Hégésippe Moreau, Le Myosotis, 1838.

 

***

 

Derniers vers

 

L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois,

De tous les côtés sonne à mes oreilles,

Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles,

Partout je la sens, partout je la vois.

 

Plus je me débats contre ma misère,

Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur ;

Et, dès que je veux faire un pas sur terre,

Je sens tout à coup s'arrêter mon cœur.

 

Ma force à lutter s'use et se prodigue.

Jusqu'à mon repos, tout est un combat ;

Et, comme un coursier brisé de fatigue,

Mon courage éteint chancelle et s'abat.

 

Alfred de Musset. 1857. Année de sa mort.

 

***

 

Par ce soir pluvieux...

 

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,

Un secret avertissement,

Ô feuille qui me viens effleurer le visage

Avec un doux frémissement ?

 

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,

Trop lourde d’une goutte d’eau :

Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes

Les jours amassés en fardeau.

 

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille,

Qui donnais ton ombre au jardin !

Le songe où maintenant mon âme se recueille

Ouvre les portes du destin.

 

Jean Moréas, Les Stances, 1893.

 

****

 

Élégie pour un ami (VI)

 

Un jour, il faut partir et l'on ne sait

plus rien de ce qui fut à l'origine

du feu, ni comment ni pourquoi

les choses tout à coup

 

se sont mises à tourner de travers

et le feu s'est éteint, le rosier changé

en épines, l'amour en terre brûlée,

et ce qui reste avec

 

le bruit de nos pas à la place du cœur

et peu de choses : des mots sur du papier

qui ne disent plus rien sinon qu’ils furent

écrits, lus et relus

 

par un aveugle dansant dans l’incendie.

 

Guy Goffette, Tombeau du Capricorne. © Gallimard, 2009.

 

***

 

Demeurons un moment...

 

Demeurons un moment puisque tout alentour

s’écoule en même temps que l’eau de la rivière

trois ou quatre colverts font des allers-retours

serrés géométriquement dans la lumière

 

le héron planté juste au milieu des remous

comme un veilleur dégingandé – lui et la buse

qui varie à la verticale ont rendez-vous

sens-tu comme aujourd’hui la chaleur est diffuse ?

 

oui le héron, la buse, oui ce vol des colverts

d’où vient leur foi, la volonté qui les anime

par où l’eau coule et par quoi les arbres sont verts

ce qui les pousse et peut-être nous détermine ?

 

arrêtons-nous tous deux sur le bord du chemin

et dans l’impatience de tout, main dans la main.

 

Bertrand Degott, Battant. © La Table Ronde, 2006.

 

                                                       

 


RENÉ GUY CADOU, POÈTE DE L'AMOUR ET DE LA MORT :

 

     En évoquant la vie et l'œuvre de René Guy Cadou, Claude Cailleau a montré comment cette poésie si riche d'images dans sa simplicité tressait la lumière de l'amour et l'ombre de la mort. Cette évocation fut particulièrement émouvante et Cadou reçu le plus bel hommage qu'on puisse donner à un poète, puisque plusieurs participants récitèrent des poèmes qu'ils portaient en leur mémoire, montrant ainsi que René Guy Cadou était bien l'un des grands poètes du XXe siècle.

 

Automne

 

Odeur des pluies de mon enfance

Derniers soleils de la saison !

À sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses vacances,

Se retrouver dans sa maison !

 

La vieille classe de mon père,

Pleine de guêpes écrasées,

Sentait l’encre, le bois, la craie

Et ces merveilleuses poussières

Amassées par tout un été.

 

Ô temps charmant des brumes douces,

Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,

Le vent souffle sous le préau,

Mais je tiens entre paume et pouce

Une rouge pomme à couteau.

 

René Guy Cadou, Les Amis d’enfance, Maison de la Culture de Bourges, 1965.

 

****

 

 

PARMI LES POÈMES PUBLIÉS RÉCEMMENT ET RÉCITÉS LORS D'UNE MATINÉE LITTÉRAIRE :


 


 

Le Poète est venu… 

 

Le Poète est venu Personne ne l’estime

Qui peut lui pardonner Il perturbe et il tend

trop loin vers l’horizon final des jugements

que l’homme avec raison au quotidien réprime

 

Il passe en se cognant dans le palais des rimes

maître d’un genre abandonné depuis longtemps

Il erre en trébuchant sur des idées sublimes

qui surplombent le cours de l’âge et son torrent

 

Le Poète est au ban de la cité grégaire

Pourtant il finira car c’est là son destin

en combattant l’hydre des temps totalitaires

Il erre accompagné partout par le silence

d’un monde aveugle et sourd que son discours offense

et qui gravite autour des astres du déclin.

 

Chaunes, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.

 

***

 

Déculpabilisation

 

 

Les costumes cravates en route pour l’école

(Ils sont rentrés trop tard et les enfants dormaient

Ils partent en mission loin des petits Mickey)

Prennent le temps soudain du léger, du frivole

 

Alors quelques minutes avant le cours de maths

Alors quelques minutes avant le prochain train

Ils livrent un peu d’humour, du chic et du bath

En faisant de la route habituelle un chemin

 

« Un obstacle sur la voie ? Le feu passe au rouge

Le train s’arrête alors, plus personne ne bouge !

Regarde au loin là-bas : la maison des Martin

Travaille bien chéri, on se revoit demain »

 

Jean-Luc Despax, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.

 

***

 

 


 


Fixé, cargué, rangé

U

Un nuage mutin vient de passer la rampe

- celle des monts neigeux que le soleil colore -

il flotte, blanc ludion, sur le bleu de l'aurore

puis sur un pic voisin tel un drapeau se campe.


 Un merle déluré me salue en passant,

l'écureuil du verger met sa queue en trompette

(c'est un voleur de noix qui n'en fait qu'à sa tête)

mais Filou notre chat est le plus caressant.

 

Une journée encor s'écoule comme coule

l'eau chantante du ru récemment réparé 

qu'on utilise ici pour irriguer les prés

y assouplir l'osier ou le poignet qu'on foule.

 

Il va falloir semer, planter; soigner les fleurs,

vaquer paisiblement aux tâches domestiques

avant de se laisser gagner par la musique,

le dessin, l'écriture, un livre prometteur.

 

Cela étant le temps étend ses tentacules,

fait de ce havre un piège aux séduisants barreaux

pour peu que vous songiez à cet alter ego

toujours prompt, toujours prêt - que vous fûtes -

 

à boucler sa valise et coiffer son chapeau 

pour changer d'horizon, de peau, de latitude...

 

 

Pierre Lexert, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.

Mis à jour ( Dimanche, 11 Juillet 2010 06:41 )