MANIFESTATIONS LITTÉRAIRES
2010
PRINCIPALES MATINÉES POÉTIQUES
À la Maison de Poésie
11 bis, rue Ballu. 75009 Paris
à 16 heures
AVEC L’AIDE DE LA SACEM
(Société des Auteurs, Compositeurs, Éditeurs de musique)
- Mercredi 27 janvier : Jacques Charpentreau, 10 poètes pour les années 10.
- Mercredi 17 février : Jean-Luc Despax, Claude Ber, le civisme de l’inquiétude.
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PRINTEMPS DES POÈTES 2010
COULEUR FEMME
- Lundi 8 mars : Jacques Charpentreau, 10 « poétrices » pour 2010.
- Mercredi 10 mars : Robert Vigneau, Lucienne Desnoues, L'éternel sous le quotidien.
- Jeudi 11 mars : Béatrice Marchal, Cécile Sauvage.
- Lundi 15 mars : Jean-Pierre Rousseau, Présences féminines dans la poésie brésilienne.
- Mercredi 17 mars : Mathilde Martineau, Louise de Vilmorin, jardinière de la poésie.
- Jeudi 18 mars : Table ronde dirigée par Jean-Luc Despax :
Y a-t-il une poésie féminine ? – ou masculine ?
Jacques Charpentreau, Président de la Maison de Poésie
Jean-Luc Despax, Poète, Professeur.
Béatrice Marchal, Poète, Professeur.
Mathilde Martineau, Conservateur. Maison de Poésie.
Jean-Pierre Rousseau, Poète, traducteur de la poésie brésilienne.
Robert Vigneau, Poète.
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- Mercredi 14 avril : Claude Cailleau, René Guy Cadou, poète de l'amour et de la mort.
- Mercredi 19 mai : Parloir des Poètes. Poésie vivante. Lauréats des Prix de la Fondation.
- Mercredi 20 octobre : Le Parloir des poètes. Réunion de la rentrée poétique. : La poésie vivante.
- Mercredi 8 décembre : : Journal parlé de la Poésie. L’actualité de la poésie.
La Maison de Poésie se réserve la possibilité de modifier les dates et sujets de ses matinées littéraires.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
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Pour fêter le passage à 2010, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a rendu hommage à quelques poètes des années -10, et notamment Bonaventure des Périers (né en 1510), Paul Scarron (né en 1610), Hégésippe Moreau (né en 1810), Alfred de Musset (né en 1810).
10 POÈTES POUR LES ANNÉES 10
Mercredi 27 janvier 2010
Parmi les poèmes récités :
Sonnet
Hommes pensifs, je ne vous donne à lire
Ces miens devis, si vous ne contraigniez
Le fier maintien de vos fronts réchignés :
Ici n’y a seulement que pour rire.
Laissez à part votre chagrin, votre ire,
Et vos discours de trop loin desseignés :
Une autre fois vous serez enseignés.
Je me suis bien contraint pour les écrire.
J’ai oublié mes tristes passions ;
J’ai intermis mes occupations ;
Donnons, donnons quelque lieu à Folie ;
Que maugré nous ne nous vienne saisir
Et en un jour plein de mélancolie,
Mêlons au moins une heure de plaisir.
Bonaventure Des Périers, Sonnet liminaire des Nouvelles récréations et joyeux devis, 1558.
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Superbes monuments…
Superbes monuments de l’orgueil des humains,
Pyramides, tombeaux, dont la vaine structure
A témoigné que l’art, par l’adresse des mains
Et l’assidu travail, peut vaincre la nature ;
Vieux palais ruinés, chefs-d’œuvre de Romains
Et le dernier effort de leur architecture,
Colisée où souvent des peuples inhumains
De s’entr’assassiner se donnaient tablature ;
Par l’injure du temps vous êtes abolis
Ou, du moins, la plupart, on vous a démolis :
Il n’est point de ciument que le temps ne dissoude.
Si le marbre si dur a senti son pouvoir,
Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir
Qui m’a duré deux ans soit troué par le coude ?
Paul Scarron, 1651.
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Dix-huit ans
J'ai dix-huit ans : tout change, et l'Espérance
Vers l'horizon me conduit par la main.
Encore un jour à traîner ma souffrance,
Et le bonheur me sourira demain.
Je vois déjà croître pour ma couronne
Quelques lauriers dans les fleurs du printemps ;
C'est un délire… Ah ! qu'on me le pardonne ;
J'ai dix-huit ans !
J'aime Provins, j'aime ces vieilles tombes
Où les Amours vont chercher des abris ;
Ces murs déserts qu'habitent les colombes,
Et dont mes pas font trembler les débris.
Là, je m'assieds, rêveur, et dans l'espace
Je suis des yeux les nuages flottants,
L'oiseau qui vole et la femme qui passe :
J'ai dix-huit ans !
Bercez-moi donc, ô rêves pleins de charmes !
Rêves d'amour !… Mais l'aquilon des mers
A jusqu'à moi porté le bruit des armes :
La Grèce appelle en secouant ses fers.
Loin de la foule et loin du bruit des villes,
Dieux ! laissez-moi respirer quelque temps,
Le temps d'aller mourir aux Thermopyles :
J'ai dix-huit ans !
Mais quel espoir ! la France, jeune et fière,
S'indigne aussi de vieillir en repos ;
Des cieux, émus par quinze ans de prière,
La Liberté redescend à propos.
Foudre invisible et captif dans la nue,
Hier encor, je te disais : Attends !
Mais aujourd'hui, parais ; l'heure est venue :
J'ai dix-huit ans !
Hégésippe Moreau, Le Myosotis, 1838.
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Derniers vers
L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois,
De tous les côtés sonne à mes oreilles,
Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles,
Partout je la sens, partout je la vois.
Plus je me débats contre ma misère,
Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur ;
Et, dès que je veux faire un pas sur terre,
Je sens tout à coup s'arrêter mon cœur.
Ma force à lutter s'use et se prodigue.
Jusqu'à mon repos, tout est un combat ;
Et, comme un coursier brisé de fatigue,
Mon courage éteint chancelle et s'abat.
Alfred de Musset. 1857. Année de sa mort.
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PARMI LES POÈMES PUBLIÉS RÉCEMMENT ET RÉCITÉS LORS D'UNE MATINÉE LITTÉRAIRE :
Le Poète est venu…
Le Poète est venu Personne ne l’estime
Qui peut lui pardonner Il perturbe et il tend
trop loin vers l’horizon final des jugements
que l’homme avec raison au quotidien réprime
Il passe en se cognant dans le palais des rimes
maître d’un genre abandonné depuis longtemps
Il erre en trébuchant sur des idées sublimes
qui surplombent le cours de l’âge et son torrent
Le Poète est au ban de la cité grégaire
Pourtant il finira car c’est là son destin
en combattant l’hydre des temps totalitaires
Il erre accompagné partout par le silence
d’un monde aveugle et sourd que son discours offense
et qui gravite autour des astres du déclin.
Chaunes, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.
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Déculpabilisation
Les costumes cravates en route pour l’école
(Ils sont rentrés trop tard et les enfants dormaient
Ils partent en mission loin des petits Mickey)
Prennent le temps soudain du léger, du frivole
Alors quelques minutes avant le cours de maths
Alors quelques minutes avant le prochain train
Ils livrent un peu d’humour, du chic et du bath
En faisant de la route habituelle un chemin
« Un obstacle sur la voie ? Le feu passe au rouge
Le train s’arrête alors, plus personne ne bouge !
Regarde au loin là-bas : la maison des Martin
Travaille bien chéri, on se revoit demain »
Jean-Luc Despax, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.
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Fixé, cargué, rangé
U
Un nuage mutin vient de passer la rampe
- celle des monts neigeux que le soleil colore -
il flotte, blanc ludion, sur le bleu de l'aurore
puis sur un pic voisin tel un drapeau se campe.
Un merle déluré me salue en passant,
l'écureuil du verger met sa queue en trompette
(c'est un voleur de noix qui n'en fait qu'à sa tête)
mais Filou notre chat est le plus caressant.
Une journée encor s'écoule comme coule
l'eau chantante du ru récemment réparé
qu'on utilise ici pour irriguer les prés
y assouplir l'osier ou le poignet qu'on foule.
Il va falloir semer, planter; soigner les fleurs,
vaquer paisiblement aux tâches domestiques
avant de se laisser gagner par la musique,
le dessin, l'écriture, un livre prometteur.
Cela étant le temps étend ses tentacules,
fait de ce havre un piège aux séduisants barreaux
pour peu que vous songiez à cet alter ego
toujours prompt, toujours prêt - que vous fûtes -
à boucler sa valise et coiffer son chapeau
pour changer d'horizon, de peau, de latitude...
Pierre Lexert, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.
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Le coin de table
J’ai toujours écrit
sur un coin de table
sans avoir le temps
d’y peser mes mots
ou sur mon vélo
quand un flot d’images
me brûlaient les mains
devant les feux rouges
Et sur mes genoux
je posais des feuilles
pour noter
fébrile
les cris de mon cœur
et ceux de la ville
J’ai aussi écrit
dans les vieux hôtels
quand on débarrasse
les nappes d’angoisses
et qu’il n’y a plus
que les taches de vie
Et quand le vent pousse
les mots à sortir
et fait comme on mange
écrire sur le pouce
J’ai toujours écrit
sur un coin de table
Jean-Jacques Chollet, Le Coin de table, n° 39, juillet 2009.
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Que fais-tu…
Que fais-tu assise
Aux portes de l’éternité
Petite fille esseulée
Abandonnée aux outrages
Du temps de la vieillesse ?
Fabienne Smets, Le Coin de table, n° 40, Novembre 2009
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Coquillage
Devant la mer à Martil
Pour marquer notre bonheur,
Souviens-toi, j’avais choisi
Un coquillage couleur
Pain-brûlé de tes chevilles.
Dans la froideur de Paris,
Je le touche à mon chevet,
Ce porte-bonheur de feu,
Pour venir te retrouver
Sous le sable de mes songes.
Dès que je ferme les yeux
Mon corps près du tien s’allonge
Et tu m’enlaces en exil
Devant la mer à Martil.
Robert Vigneau, Le Coin de table, n° 38, Avril 2009.
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Les Corbeaux de novembre
Tous, de cris aussi vieux que le temps de Noé
Tu les a peints qui tournaient sur les arbres
– Et maintenant perdus dans l'antique nuée.
Or tandis lentement que tu ranges tes hardes
Laisse, François Millet, qu'après toi je regarde
Sur tes papiers de choix ces témoins de forêt
Que tu vendras demain à quelque riche Anglais.
À l'heure sans couleur de la fatigue humaine
Où sonne l'angélus, et que tard tu ramènes
Collés à tes sabots les ocres et les boues
Dont tu fais le torchis de tes ciels – tout à coup
Que t'importe Paris et sa vaine enveloppe
Alors que Barbizon, douce Bible habitée,
Recompose pour toi dans sa paix de roulotte
Tout ce qu'ajoute au soir une lampe allumée.
(nuit du 8 décembre 07)
Georges Saint-Clair
Parc imaginaire.
Une troupe d’acteurs aux airs de bohémiens
Répète en hésitant des scènes de Molière
Près d’un château rosé, moussu, qui se souvient
Du temps où il n’était ni serre ni volière.
Un flâneur suit de loin, somnambule, son chien,
Trotteur dégingandé humant chaque poussière,
Gaiement, sous une Diane au regard si ancien
Et si clair entre les cônes noirs des topiaires.
L’allée douce et beige est de gravier gris. Un merle
Plus saccadé qu’un automate avabce près
D’un bouleau isolé aux lumières de perle.
Tout au fond du jardin un fouillis de fougères
Ondoyant fait pencher ses volutes légères
Vers les cailloux, l’humus et le trèfle si frais.
Marie-Anne Bruch, Le Coin de table, n° 40, Novembre 2009.
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